lundi 3 mars 2014

Bruno Bertez : La Valeur, cela se promène entre le désir et le travail

Les Clefs pour Comprendre du Lundi 3 Mars 2014: La Valeur, cela se promène entre le désir et le travail Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 03/03/2014 (en Français texte en français )
→ lien
Au centre de la crise que nous traversons, se trouve la question de la Valeur. La valeur des choses, avec la déflation, la valeur des actifs financiers avec les quantitative easing, mais aussi les Valeurs sur lesquelles reposent nos sociétés. Ce n’est pas un hasard si nos sociétés remettent en question les Valeurs sur lesquelles elles se sont construites. Normal, elles, nous, nous butons.

Les gestionnaires cherchent à s’adapter aux mouvements qu’ils sentent sous leurs pieds, aux glissements. Ils feraient bien de réfléchir sur ce symbole hindou qui représente le monde comme reposant sur un éléphant, lequel éléphant marche, mais repose sur une gigantesque tortue.

Les gestionnaires s’adaptent aux mouvements des pattes de l’éléphant et à ses déséquilibres lorsqu’il marche, ils ne se rendent pas compte que ce qui est important, c’est le mouvement lent, mais assuré, de la tortue. C’est elle qui conduit, qui gouverne. La Tortue, c’est le système des Valeurs, le système de la Valeur des choses.

La valeur travail, effort, l’activité productive, tout cela est difficile à définir, mais, cela existe. La difficulté à définir ne prouve que l’insuffisance de notre intelligence, pas leur inexistence
. Et ces choses, activités productrices, agissent comme le régulateur ultime du système bien qu’elles soient escamotées et occultées. Car en définitive, au bout du compte, c’est la rareté qui est l’ultime limite de nos évolutions, de notre évolution en tant qu’espèce.

Il faut revenir à l’essentiel, la biologie, la reproduction, bref « à la logique du vivant » car c’est là où le bat de nos civilisation blesse. Notre névrose sociale, comme par exemple la dérive de la ratification sociale de l’homosexualité, fait de nous une espèce de moins en moins adaptée à sa propre survie.

Nous perdons le contact avec le monde, nous interposons entre le monde et nous un ensemble de pratiques, de théories, qui nous conduisent à des pratiques inadéquates au point de vue de cette adaptabilité.

C’est ma thèse centrale en matière économique: le marginalisme, né avec Walras, en 1874 je crois, est l’étape clef, constitutive, de cette névrose. Le marginalisme dit que la valeur des choses n’a rien à voir avec l’effort, la valeur travail, mais que les choses valent ce qu’elles suscitent comme désir. Donc la valeur selon le marginalisme qui est à la base des économies modernes, est comme le dit Menger, « uniquement dans la tête des gens ». D’où ma critique du spiritualisme.

Ma thèse est que, pas plus que la valeur selon Marx n’épuise le mystère de la valeur, la valeur selon Walras et Menger ne l’épuise également. Ma thèse est que la valeur désir et la valeur travail sont les deux pôles indissociables de la valeur des produits de l’activité humaine. Je dis bien indissociables. Il faut intégrer aussi bien Marx que Freud et les économistes autrichiens.

La montée des théories marginalistes est parallèle au progrès dans la satisfaction des besoins vitaux, elle est fille de la saturation de la demande. Pour continuer la croissance et reproduire l’ordre social, il faut inventer une valeur qui soit déconnectée des besoins, ou le faire croire, et affirmer que si on manipule assez les désirs, alors cette valeur rencontre sa demande, son marché.

Le marginalisme et l’envolée du crédit vont de pair comme moyen de continuer malgré les limites réelles. Il faut dire aux jeunes des banlieues : vous avez absolument besoin de Nike pour exister et, en même temps, leur donner du crédit. Cela coûte moins cher au système que de les éduquer, leur donner une possibilité de se construire une identité. En ce sens, Hollande a raison, ces jeunes sont l’avenir de la France: un bien triste avenir.

Dans cette optique, la valeur travail, l’effort, la rareté, sont bien les régulateurs ultimes du système, tout en étant escamotés. On n’en parle plus, on le cache, tout comme on cache la mort et on l’escamote, mais ce sont les horizons ultimes de l’économie, tout comme la mort est l’horizon ultime de la vie.

Les signes monétaires, le papier monnaie, peuvent être émis en toute quantité tant que les gens croient à l’existence d’un backing, d’un référent, tant que l’on est loin des limites. Ici on réussit à émettre des tonnes de monnaies qui reste acceptée car les gens ont peur, ils la stockent, ne la mettent pas en circulation. A l’image des banques qui thésaurisent des encaisses oisives. On émet de la monnaie qui n’est pas utilisée en tant que monnaie, mais n’est qu’une assurance, illusoire, en plus. Quand les choses se régulariseront, alors, cette monnaie potentielle partira, comme dit Marx, à la recherche de sa valeur, elle partira à la recherche de son existence, de son utilité concrète et le pot aux roses sera découvert. Il n’a pas de backing. Ce sera comme le Bitcoin, monnaie pur signe.

Tout ceci pour expliquer que montrer du doigt l’impossible, ce n’est pas de la prévision, ce n’est que de l’anticipation d’une certitude dont l’incertitude ne porte que sur le facteur temps. L’inflation des signes, c’est à dire des promesses, butera sur l’accélération de la vitesse de circulation ce qui soit,… et là on ne sait plus très bien ! Déflation ou inflation ?

De la même façon que la rareté, le travail, le détour productif sont les régulateurs ultimes de l’économie, l’or est l’horizon ultime, le régulateur ultime du système de la monnaie.

Le fait que l’on n’en n’a pas conscience ne change rien à l’affaire. Les monnaies de papier, le dollar singulièrement, mangent leur pain blanc, elles vivent et survivent malgré leur gestion déplorable car elles mangent, elles exploitent le capital de crédibilité qu’elles avaient à leur naissance: la puissance américaine.

Tout comme du temps des mines d’or, l’on a eu la possibilité de « miner », d’extraire de la monnaie du gisement de crédibilité, de confiance, envers les USA, mais on arrivera au bout du filon. Utiliser une monnaie, c’est toujours tirer sur un filon. On a découvert en 1971 le filon de la monnaie libérée de l’or et on l’exploite à fond, « minièrement » c’est à dire sans songer à la reconstitution du filon. La découverte en 1971 du fait que l’on pouvait libérer la monnaie de son attache à l’or a équivalu à la découverte d’un nouveau filon d’or dans le passé, comme la découverte du Comstock. Ce filon, ce stock, cette mine, c’est celle de la confiance, laquelle s’use à force de s’en servir sans la reconstituer, c’est à dire s’use si on ne fait jamais une pause dans l’émission et que l’on ne fait que de la fuite en avant, dans le « toujours plus ». Il faudrait de temps en temps, soit une bonne destruction, soit une pause, pour laisser au réel le temps de rattraper les signes inflatés émis. Le temps de réconcilier, le temps de laisser aux moyennes de long terme l’opportunité de converger, le temps de faire la Mean Reversion.

Ne vous y trompez pas, ce qui fait que l’or est le régulateur ultime des monnaies, l’horizon des monnaies, ne tient pas à la réalité de son « en soi », non, cela tient à son ancrage symbolique dans l’âme humaine. A son ancrage quasi éternel et universel qui a à voir avec le sacré. La valeur de l’or est aussi entre les deux pôles du désir et de l’effort. Entre le travail minier et la désirabilité.

Mais l’or, en tant que travail cristallisé, produit d’un effort des mineurs et de technologies, pourrait être remplacé par autre chose… mais on n’a pas encore trouvé.

3 commentaires:

  1. Je pousse cette vidéo d'ONPC, parce que le débat vigoureux entre Caron et Tillinac est intéressant et reflète bien le conflit entre les "néoréacs' et les "bobos libertaires" avec des arguments bien vus des deux côtés.
    http://www.youtube.com/watch?v=mxmAte2OEVo

    RépondreSupprimer
  2. Curieuses considérations sur l'homosexualité.
    Elle a toujours existé, et n'a jamais empêché l'explosion démographique...
    La disparition des énergies carbonées fera bien plus pour réguler la population ; c'est ça la tortue.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Elle a toujours existé et n'a jamais empêché l'explosion démographique" tant qu'elle se tient dans la limite du naturellement naturel.
      Et non dans artificiellement poussé!

      Supprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.