mercredi 19 mars 2014

h16 : L’informatique de l’État et le syndrome de l’idiot savant

Et moi qui suis dans la partie, je rajoute même que le n'importe quoi généralisé est très très sous estimé par h16...

L’informatique de l’État et le syndrome de l’idiot savant
hashtable, H16, 19/03/2014 (en Français texte en français )
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Lorsque l’État se mêle de faire de l’informatique, ce n’est généralement pas bon signe. Et récemment, les révélations d’Edward Snowden ont amené leur lot de stupéfiantes découvertes, comme le fait que la NSA envisage d’infecter des millions de machines avec des virus sophistiqués. Le monde a lentement fini par prendre conscience de l’ampleur des moyens mis en place pour l’espionner, plaçant chaque citoyen devant ses responsabilités d’électeur qui, à force d’avoir choisi une sécurité de plus en plus débridée, se retrouve dans une jolie cage dorée scrutée par des milliers d’invasives caméras.

Heureusement, ce tableau par nature orwellien n’est pas totalement noir. Il subsiste de forts espoirs que la puissance de calcul mise à disposition des États ne soient pas suffisamment bien employée, ou que, comme à leur habitude, les États se prennent les pieds dans le tapis et se gamellent mollement sous les applaudissements.

Optimiste, moi ?

Certainement un peu, mais parier sur une contre-performance des États en général et de l’État français en particulier n’est pas une prise de risque très élevée en réalité. Et en ce qui concerne l’informatique, on a tout de même quelques pistes sérieuses de la direction générale prise par les autorités françaises, ainsi qu’un historique déjà étoffé des magnifiques plantages qu’ils nous ont offert (avec nos sous). Je passerais pudiquement sur le cas épineux de Bull qui constituerait sans problème le sujet de plusieurs billets, ne serait-ce que par sa gestion consternante du progiciel étatique Chorus, qui a explosé en vol en juin dernier suite à un enchaînement ridicule de circonstances et n’a pu être remis en service que plusieurs jours plus tard là où, vu le niveau de criticité du progiciel, on se serait attendu à avoir des installations un tantinet plus résilientes. Ceci posé, je m’attarderai plutôt sur quelques récentes affaires qui montrent toute l’ampleur de l’incompétence étatique dans le domaine.

Bien sûr, il y a eu Louvois.



Louvois, c’est ce gros, cet énorme, cet hippopogiciel de gestion de la solde des militaires français dont la facture totale, impossible à calculer complètement, dépasse largement les 400 millions d’euros. En substance, le coût initial, de 7 millions d’euros, n’aura pas suffi à sécuriser un développement harmonieux de l’engin, qui aura assez rapidement commencé à merdouiller avec brio sur des centaines de milliers de soldes, entraînant un pataquès mémorable dont les coûts de gestion sont venus s’additionner au dérapage déjà massif du développement et de la correction du programme informatique. Bien sûr, on pourrait largement attaquer le prestataire de service qui a développé une telle immondice, et traîner son nom dans la boue en notant qu’un tel plantage n’était pas digne d’une grande société de services informatiques. Certes. Je mâtinerai cependant cette critique en notant que travailler dans un environnement comme celui de l’armée, où les généraux et les services se tirent généreusement dans les pattes (peut-être à défaut d’avoir un ennemi commun clairement identifié ?) et où quelle que soit la solution retenue, son analyse et sa mise en application relève bien plus de la politique, de la diplomatie et de la gestion d’hommes parfois très bornés plus que de la simple gestion de projets informatiques.

Autrement dit, ce magnifique plantage informatique en dit certainement bien plus long sur la capacité de l’armée française à se moderniser que sur la capacité du prestataire à fournir un programme idoine. La leçon aura donc coûté plus de 450 millions d’euros au contribuable français (qu’il remboursera en PV routiers, en fiscalité explosive et autres taxes rigolotes, ne vous inquiétez pas).

Du reste, on retrouve sensiblement le même problème dans une autre administration, avec un autre programme informatique, ce qui continue à prouver que l’informatique et l’administration étatique, ce n’est pas vraiment ça : alors que Louvois est en analyse post-mortem, le gouvernement a choisi d’abandonner le logiciel de paye des fonctionnaires destiné à centraliser les salaires de toute l’administration française. Le gouvernement, après avoir lancé un audit pour évaluer l’état d’avancement du projet, a décidé d’arrêter les frais, dont le total avoisinait les 290 millions d’euros. Joli fail.

epic cat fail

Pour le moment, ces deux petits projets, normalement conçus dans le cadre de la modernisation des infrastructures des administrations françaises (militaires et publiques) ont coûté la bagatelle de 750 millions d’euros, qui ont donc été brûlés en pure perte ou quasiment. Mais tout ceci n’est finalement qu’une de ces péripéties habituelles qui font le charme tout particulier de la vie en France. Après tout, d’autres administrations dans d’autres pays offrent aussi un spectacle pathétique d’implémentation informatique farfelue. La mise en place de l’Obamacare est un vrai poème à ce titre.

On pourrait donc croire que tout ceci n’est que, comme le disent justement les Américain, « business as usual ». Il n’en est rien : on peut toujours faire plus fort, plus rigolo, plus périplaquiste que ça encore et pour cela, il suffit de faire intervenir nos fiers branquignoles maroquinés, Fleur Pellerin ou Arnaud Montebourg par exemple. Et rien de tel qu’une grosse acquisition capitalistique pour pimenter un peu l’action, comme c’est actuellement le cas avec Vivendi qui tente de se débarrasser de SFR.

Bouygues et Numéricable se sont portés acquéreur, et immédiatement, Montebourg s’est montré particulièrement favorable au rachat de SFR par Bouygues et l’a bruyamment fait savoir au point de diffuser sur les ondes des informations boursières jusqu’alors confidentielles. Nous sommes en France, tout ceci n’est pas louche, tout ceci est normal et le ministre n’aura pas à répondre du yoyo boursier des cours de Free, SFR et Bouygues à la suite de son intervention. Manque de pot ou talent naturel de Montebourg pour choisir systématiquement le mauvais cheval, c’est bel et bien Numéricable qui est finalement choisi. Pour Montebourg, c’est donc un fail.

loup qui court et paf le loup FAIL

Or, comme le fait judicieusement remarquer Bluetouff sur Reflets.info, parmi les entités contrôlées par SFR, on trouve Numergy dont j’avais déjà copieusement parlé ici même. Numergy, c’est ce « cloud » construit pour s’assurer que les données qui y sont stockées ne tombent pas dans le giron de l’une de ces abominables boîtes étrangères (américaine notamment). Numergy, c’est ce bricolage à base de copieuses subventions publiques, dans lequel on trouve SFR, l’inaltérable Caisse des Dépôts et Consignations, et … Bull, dont j’ai déjà parlé plus haut. Numergy, c’est la version « cloudàlafrançaise », avec tout ce qu’il faut de bon capitalisme de connivence pour réjouir les petits contribuables et les grandes entreprises d’État. Miam.

Et Numergy, une fois le rachat par Numericable entériné, ce sera le cloud détenu par un câblo-opérateur luxembourgeois, le groupe américain Carlyle, et l’anglais Cinven. Du vrai bon cloud bien français, on le comprend. Cela sent le petit fail des familles.

Shipment of fail !

Mais comme je le notais en début d’article, il faut savoir rester optimiste et voir le bon côté de ces échecs répétés.

De façon manifeste, l’État a toutes les peines du monde à gérer son informatique. Entre les contrats douteux d’infogérance qui se retournent contre lui, les projets pharaoniques dans leurs buts, babylonesques dans leurs budgets et micrométriques dans leurs résultats, on dispose maintenant d’un bon recul pour affirmer sans trop de risque que le merdoiement général qui entache déjà tous les domaines de la société civile dans lequel l’État met les doigts s’étend aussi dans l’informatique. Le plus beau, c’est que malgré ces échecs répétés, certains continuent toujours de placer dans l’État des espoirs aussi chimériques que coûteux.

Et lorsqu’on nous dit que l’État est capable de tout écouter, tout espionner au moyen de ses oreilles toujours plus fines, toujours plus grandes et toujours plus précises, on peut aussi constater qu’il n’est même pas capable de développer ou faire construire un logiciel de gestion décent pour sa propre administration, là où, pourtant, des entreprises du privé employant des centaines de milliers de personnes (Walmart, Microsoft, IBM, etc…) ont montré qu’un tel défi est parfaitement relevable.

À l’évidence, l’État est passé, depuis longtemps, en mode glouton. Il dévore nos finances, il prétend tout écouter, tout le temps, partout, mais il semble assez infoutu (au moins pour le moment) de savoir quoi faire avec ce qu’il récolte. C’est un idiot savant, c’est-à-dire qu’il dispose d’une mémoire prodigieuse, très profonde, mais extrêmement étroite qu’il lui est difficile de mettre en pratique.

Et objectivement, tant mieux.

epic fail

5 commentaires:

  1. Même problème pour la CIA et la NSA, qui ont tellement de données qu'elles ne savent quoi en foutre.
    C'est l'aspect contre-productif des "voitures-balai" que sont Google ou Facebook : plus il y a de bruit, moins il y a de signal.

    Mais je ne rejoins pas H16 sur la problématique de la gestion.

    Si les fonctionnaires sont infoutus de se gérer, c'est parce que, dans le fond, ils ne le veulent pas. Ils sont très content de la hiérarchie chef de service / service compta, et ils n'ont VRAIMENT pas envie qu'on aille regarder de trop près ce qu'on fait de leur budget.

    Transparence = gros gros boulot...

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    1. Vu de l'intérieur, il faut comprendre que chaque administration d'Etat dépend d'une DDFIP (direction départementales des finances publiques - donc Bercy) qui régulièrement interprète à sa sauce les modalités de gestion des entités dont elle a la charge. Je dois me fader chaque mois une vingtaine de certificats administratifs qui permettent de valider l’enclenchement de procédures comptables (ces CA peuvent concerner la marque d’un véhicule, l’age d’un contrevenant, l’orthographe de son prénom...ou son lieu de naissance – en clair, des foutaises) Il ne faut pas voir dans la complexité administrative un véritable refus de réforme (ça impliquerait l’idée d’un corpus intelligent, intelligible et cohérent – ça n’est pas le cas, chaque entité fonctionne de manière autonome et totalement indépendante) ; tout le monde est pour la simplification.

      Non, il faut y voir l’impossibilité structurelle liée à la complexité du mammouth, et la pétoche généralisée des comptables qui engagent leur responsabilité dans les procédures (et qui du coup, se barricadent derrière une palanquée de ceintures de sécurité). Ajoutons-y le fait que Chorus est inadapté à la réglementation et que du coup, nos pratiques ne sont pas toutes réalisables, bien que légales.... c’est beau hein ? ça n'a pas l'air mais c'est énorme - la pratique doit s'adapter à l'outil....et vu la tronche de l'outil...

      Vous n’imaginez pas la quantité d’entraves liées à la « transparence » auxquelles il faut faire face. Le code des marchés publics qui est sensé garantir cette transparence est une horreur ; chaque petit chefaillon à qui revient la charge de contrôler le respect de ce code a une interprétation personnelle capable de faire perdre des mois de travail à tout un service.... ça n’est pas en rajoutant une couche législative (code, décret...) par-dessus une autre que l’on peut réformer et très honnêtement, vue de l’intérieur, je ne vois pas comment faire.

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  2. Faut pas trop qu'il s’inquiète H16, l’esclavagisme ... euh pardon la compétitivité avance :

    http://rue89.nouvelobs.com/2013/08/01/contrat-zero-heure-travailler-netre-paye-sil-y-a-clients-possible-france-244656

    J'ai un ami qui travaillait à l’accueil des bateaux étrangers qui a passé un mois de juillet à attendre qu'on l’appelle et à la fin du mois, sur sa feuille de paye, il a été passé en congés payés.

    Il pouvait être appelé quelques heures avant d'embaucher. Ce n'est pas légal en France, tu peux donc faire condamner ton employeur mais du coup tu perds ton boulot. La loi de l'offre et de la demande.

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  3. «Bien que les problèmes du monde soient de complexités grandissantes, les solutions demeurent d'une simplicité embarrassante" Bill Mollisson (père de la permaculture)

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  4. Est-il bien utile de reprendre des articles venant de blogueurs à l'égo totalement surdimensionné qui racontent souvent n'importe quoi pour qui connait un peu de près le sujet abordé ?

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