mercredi 5 mars 2014

Toujours l'Ukraine

Cette guerre froide n’est pas idéologique
Bilan.ch via Le contrarien, Myret Zaki, 05/03/2014 (en Français texte en français )
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Cette deuxième guerre froide à laquelle nous assistons entre les États-Unis et la Russie ne s’encombre plus de paravents idéologiques. Elle est mercantile. Plutôt que d’opposer deux modèles de société, elle oppose deux adversaires au plan commercial, énergétique, financier et monétaire.

Deux paquebots battant officiellement pavillon capitaliste, officieusement adeptes de l’étatisme à outrance. Ce n’est plus le «monde libre» contre le «péril rouge». On est entre soi. Deux gouvernements s’affrontent autour d’un enjeu central: lequel fournira du gaz à l’Europe ces prochaines années.

Le centre de gravité futur sera-t-il transatlantique ou eurasiatique? Mis en difficulté par leurs compétiteurs en Asie, les États-Unis lorgnent maintenant l’Europe comme principal marché d’exportation pour leur gaz.

Cela les met directement en conflit avec la Russie. Comment déloger cette dernière de sa place de premier fournisseur? En cassant les prix, pour commencer, car le gaz russe est facturé très cher à l’Europe. Mais avant cela, il s’agit de couper le cordon énergétique entre l’Europe et la Russie.

Pour ce faire, il faut que l’Ukraine se mette rapidement à produire son propre gaz, en partenariat avec les majors pétrolières américaines, et qu’elle rejoigne le bloc européen. Ensuite, les États-Unis visent à compléter dès 2015 directement l’approvisionnement de l’Europe à travers leurs exportations.

C’est là que la stratégie entre en jeu. Les États-Unis ont habilement accompagné l’Ukraine vers sa «libération» du joug russe et son autonomisation énergétique. Ils ont investi d’importantes sommes pour cultiver en elle l’identité européenne. Depuis 2011, un programme américian exporte vers les pays de l’Est l’expertise technologique en matière de fracturation hydraulique.

USAID, l’ONG amércaine, s’est chargée de conseiller intensivement le gouvernement ukrainien dans ce domaine. Dans un rapport de mai 2012, USAID donne l’entière caution écologique à Kiev pour la fracturation hydraulique.

L’Ukraine avait signé l’an dernier des accords avec Shell et Chevron les autorisant à exploiter les gisements de gaz de schiste de Yuzovska et d’Olesska. La crise a débuté lorsque Kiev a opéré une volte-face politique, signalant qu’il préférait la Russie comme partenaire à l’UE.

Mais depuis le départ de Ianoukovitch, les affaires ont repris leur cours. L’Ukraine a confirmé qu’elle signerait un contrat de partage de production avec un consortium dirigé par ExxonMobil sur l’exploitation du champ pétrolier et gazier Skifska, en mer Noire, un projet de 10-12 milliards de dollars. Grande perdante: la société russe Lukoil, qui n’a pas été retenue.

5 milliards pour assister la révolte en Ukraine

«Les États-Unis ont dépensé 5 milliards de dollars depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991 pour assister le pays dans le développement d’institutions démocratiques et dans la promotion de la société civile et d’une bonne gouvernance, soit tout ce qui est nécessaire pour que l’Ukraine réalise ses aspirations européennes», a déclaré mi-décembre Victoria Nuland, secrétaire d’Etat adjointe américaine, lors d’un discours au National Press Club sponsorisé par Chevron et ExxonMobil*.

Tout comme en Irak, en Afghanistan et en Libye (et peut-être un jour en Iran et au Venezuela?), les majors américaines entrent victorieuses là où Washington a préalablement accompagné un changement de régime.

Qui s’y oppose paie un prix: alors que la Russie a bloqué, avec le soutien de la Chine, l’intervention américaine en Syrie, réclamant à cette occasion une part d’influence au Moyen-Orient, Washington lui en demande à présent le prix fort. Le deal gazier proposé par l’Amérique à la Russie pourrait être le suivant : «On livre à l’Europe, vous livrez à l’Asie.»

Si les ambitions eurasiatiques de Vladimir Poutine en prennent un coup, rien n’est jamais joué, car dans cette guerre froide rééditée, les lignes sont mouvantes. En affaires, il n’y a pas de rideau de fer.



   L'émissaire de l'Onu chassé de Crimée par des miliciens (Reuters)

   La Russie vend un montant record de dollars pour soutenir le rouble (AFP)
   Russia Proposes Confiscating US, European Assets If Sanctions Adopted (ZH)

   Gaz: la dette de Kiev atteindra 2 mds USD le 7 mars (Gazprom) (Ria Novosti)
   Ukraine Won't Pay Russia For Gas, Has Billions In Obligations Due; Europe Promises Aid Money It Doesn't Have (ZH)

   Ukraine : Bruxelles annonce un plan d'aide de 11 milliards d'euros (AFP)

   Ukraine: un projet de loi sur l'adhésion à l'Otan déposé à la Rada (Ria Novosti)

8 commentaires:

  1. Pour le coup j'ai un peu de mal avec cette théorie.
    Le gaz de schistes exporté par tanker ne peut pas être compétitif avec le gaz Russe amenée en pipelines.

    Il faut savoir que si le gaz reste aux USA c'est parce que ça ne se transporte pas comme le pétrole, c'est beaucoup plus compliqué.
    En plus les gaz de schistes, les USA se font de moins en moins d'illusions sur le sujet... et en dehors de Montebourg, je pense qu'ils n'ont pas beaucoup d'appuis en Europe.

    Donc cette idée de concurrencer le gaz russe, pour moi, elle est ridicule et montre une méconnaissance du sujet. Il aurait au moins fallu répondre a ces objections pour être crédible. Mais je suis pas non plus un super expert de la question. En tout cas, ca ne colle pas avec ce que disent les experts en énergie.

    Pour moi c'est plus du Brezinski qu'une histoire de gaz.

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    1. +100
      Pour mémo, ce que disait Dmitry Orlov : www.orbite.info/traductions/.../le_gaz_de_schiste_vu_de_la_russie.html‎
      Le gaz de pshittt ne tiendra pas 2 ans face à l'histoire, sauf à ce que les USA, comme le Quatar, se mettent à vendre à perte pour des raisons géostratégiques connus d'eux seuls, et se mettent à faire du Brzezinski (je crois que son orthographe est encore plus compliquée) pour le coup.

      Ils en sont capables (Sotchi, discréditer Poutine qu'ils détestent, etc) mais la différence de la précédente révolution Orange (à quand la révolution SFR ? gag) c'est que là, c'est l'UE qui signe les chèques ! (pas gag)

      Et là je trouve qu'on pourrait (quand même) nous demander notre avis !

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  2. enfin comme tout esclave fournira du gaz de son propre sol et pourra faire une planche a billet pour solder loperation .

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  3. Mercredi 5 mars 2014 :

    Ukraine : plan d'aide européen d'au moins 11 milliards d'euros.

    "Aujourd'hui, la Commission européenne a identifié un programme d'aide à l'Ukraine. Ceci est notre contribution au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de demain (jeudi)", a annoncé M. Barroso.

    "Au total, le paquet pourrait apporter un soutien d'au moins 11 milliards d'euros sur les deux prochaines années, provenant du budget de l'UE et des institutions financières européennes", a-t-il précisé.

    En Europe, tout le monde est surendetté :
    - les entreprises privées sont surendettées
    - les particuliers sont surendettés
    - les banques sont surendettées
    - les 28 Etats membres de l'Union Européenne sont surendettés : leur dette publique est de :
    11 310,458 milliards d'euros.

    ET DONC le plan d'aide européen sera d'au moins 11 milliards d'euros !

    Personne ne possède ces 11 milliards d'euros, mais c'est pas grave : on va emprunter ces 11 milliards d'euros sur les marchés financiers !

    L'Union Européenne, c'est des pays surendettés, qui se surendettent encore plus pour prêter de l'argent à des pays en faillite qui ne les rembourseront jamais.

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  4. http://www.leap2020.eu/notes/Ukraine-Protests-Leaked-EU-Phone-Call-Suggests-Kiev-Snipers-Were-Hired-by-Opposition-Coalition_b6386618.html

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  5. Assez d'accord, mais elle a toujours été comme çà, elle a toujours évacué les questions géopolitiques pour les réduire à des questions économiques.
    Le gaz de schiste n'est pas rentable par rapport au gaz conventionnel, encore plus s'il faut le trimballer loin. Comme le nucléaire qui n'incluent pas le coup du traitement des déchets et du démantèlement, ils ne facturent pas la pollution, la destruction du paysage, les micro-séismes, l'entretien des infrastructures de transport.
    Ils voudraient réduire notre dépendance au gaz russe, avec le gaz de schiste, de manière suicidaire, preuve que les globalistes ont peur du retour de la russie sur la scène internationale.
    Elle a eu son moment de gloire sur le web en particulier E&R, parce qu'elle est une femme d'origine maghrébine moderne, émancipée, et au discours économique dissident.

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  6. effectivement, pour ceux qui connaissent bien le secteur du gaz (j'en viens), le prix du gaz est régional (globalement c'est un prix en amerique du nord, un prix en europe, un prix en asie), car le transport par méthanier change tout.
    donc cette histoire de concurrencer le gaz russe avec le gaz de schiste US, en Europe, c'est bien des conneries.

    yongtai

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  7. Euh... il y a du pétrole et du gaz en Mer Noire ?
    Mais la Crimée, c'est l'unique porte sur la Mer Noire si je ne m'abuse...

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