mardi 1 avril 2014

Bruno Bertez : La tyrannie molle n’est pas celle d’un homme, mais celle d’un système

Les Clefs pour Comprendre du Dimanche 30 Mars 2014: La tyrannie molle n’est pas celle d’un homme, mais celle d’un système Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 30/03/2014 (en Français texte en français )
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Notre article sur "La tyrannie Molle" s’inscrit dans la ligne de nos grands textes sur la modernité des formes de contrôle, de propagande et finalement d’esclavage.

Aux États-Unis, la thèse de la nouvelle féodalité, nouvelle servitude est plus largement développée qu’en Europe. Les travaux des conservateurs, libertarians, minarchistes, ou adeptes de l’école Autrichienne d’économie sont beaucoup plus diffusés que chez nous.



Le camp de la liberté , nous voulons parler de la vraie, pas de celle des économistes libéraux qui ne sont que les supplétifs des kleptos/ploutos, le camp de liberté disons nous, dispose de gros moyens. Il a ses universités, ses séminaires, ses universités d’été. Sa production littéraire est importante. Ses débouchés politiques sont de plus en plus puissants et pas seulement du côté de Ron ou Rand Paul.

L’idée d’une fin du bipartisme n’est plus utopique. Les bases de l’émergence, un jour d’un parti dit "indépendant" existent maintenant. il faut noter que la finance , là aussi la vraie, pas celle de Goldman Sachs, ou JP Morgan, ne s’est pas trompé de combat, elle a compris très tôt qu’il n’y avait aucun rapport entre les pratiques de suppôts complices des Banques Centrales et les activités d’investissement dans l’économie réelle productive. En conséquence elle a rapidement pris ses distances et dénoncé la dérive actuelle comme une forme de socialisme au profit des ultra-riches parasites de la finance spéculative.

Ce qui nous frappe, c’est le retard apparent des Européens et singulièrement des Francais. En effet à côté de la tradition typiquement Américaine des émules de Jefferson et des défenseurs de la Constitution, il y a des travaux philosophiques radicaux. Et le paradoxe est que ces travaux constituent le prolongement …. de recherches francaises. Beaucoup de philosophes francais ont été appelés par les universités ou "think tanks" américains et ils ont jeté les bases d’une critique radicale des pouvoirs, de l’aliénation et de la nouvelle servitude.

Le marxisme en temps qu’idéologie a peu de succès; mais en temps que philosophie dialectique et matérialiste de la liberté, en tant que science de la société avec ses prolongements linguistiques ou symboliques, il est souvent utilisé comme outil de compréhension de la société. Les travaux de Derrida ou Goux par exemple, ont été assimilés et dépassés. Cet enrichissement de la critique sociale américaine vivifie les analyses sur l’utilisation de la propagande, du contrôle des esprits et la mises au pas des citoyens. Elle va maintenant bien au delà des travaux classiques de Chomsky.

D’une certaine facon , les thèses radicales que nous défendons n’étonneraient aucun intellectuel américain, simplement , ils serait étonné qu’elles ne soient pas plus répandues en France.

Notre hypothèse est que comme en beaucoup de domaines, la fuite des cerveaux explique beaucoup de choses. Les cerveaux vont là ou ils sont appréciés, reconnus et récompensés. On les paie, on les honore, on leur donne les moyens de travailler, de publier. Il y a en plus une articulation étroite, un va et vient entre la pratique et la théorie. La pensée nourrit en quelque sorte la conduite des affaires, elle n’est pas enfermée dans un ghetto dominée par des mandarins.

Si vous réfléchissez à la question de savoir qui peut favoriser la réflexion fondamentale, radicale, utile à la pratique de la politique, utile à la pratique sociale, à la gestion des affaires, à la politique publique en France , vous avez vite fait le tour; il n’ y a rien en dehors de ce qui dépend de l’Etat. Le Patronat ne paie pas ou plus, les Gattaz ne pensent pas, les médias n’ont ni argent ni compétence intellectuelle, les syndicats sont exsangues et primaires, les grandes fortunes préfèrent s’offrir des danseuses ou des mannequins, les Bettencourt ou Bergé ou Pinault ont choisi de s’acheter directement des hommes ou femmes politiques, les autres se délocalisent, eux ou leur fortune. Les quelques tentatives que l’on a vues du côté de fondations se sont sabordées ou ont dégénéré en groupe de pression arrivistes.

On feint de s’étonner de la montée du populisme. N’est ce pas normal? N’est ce pas voulu? Faute de réservoirs de pensée, de corps intermédIaires, le système est incomplet. C’est le téléscopage, le court circuit: on passe du Pouvoir à la révolte, sans intermédiaire. sans mise en forme, sans débat.

Le populisme est le seul vecteur pour exprimer par des révoltes, les idées qui ne sont pas celles des dominants de l’Etat, de la kleptocratie, de la ploutocratie, ou des planqués de la haute fonction publique.

A partir du moment ou il n’y a ni réservoir de pensée ni corps intermédiaires pour analyser, diffuser un matériel alternatif, non conforme à ce que souhaite les féodaux dominants, alors seule la voie raccourcie, primaire, s’impose. Et le comble est que cette voie, "ils " la disqualifient en l’épinglant de l’étiquette de fasciste.



La lutte des classes n’existe plus! Les Ultra Riches l’ont gagné Par Michel Santi (Avec Commentaire de Bruno Bertez)
Le blog à Lupus, 30/03/2014 (en Français texte en français )
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Non la lutte des classes n’est pas morte, elle a muté!

Nous sommes "au-delà" de la question des inégalités et "à côté" de la lutte des classes. Les catégories et concepts marxistes sont inadaptés à la situation sociale présente car les exploiteurs ne sont plus les capitalistes propriétaires des outils de travail (thèse de Marx), non ce sont ceux qui ont accès privilégié à la création de monnaie et au crédit, au leverage.

Les nouveaux exploiteurs ce sont les banquiers centraux, les banquiers de la banque de marché, la communauté spéculative mondiale, tous ces gens et leurs complices: les hauts fonctionnaires, les stars soit disant artistes, les marginaux qui profitent du système sans travailler et lui donne ses votes pour les élections. Regardez le clown pitoyable qui fait la pub du Crédit Lyonnais à la télé en ce moment, il vote socialo.



Je soutiens que les petits capitalistes traditionnels sont dans la classe des exploités. C’est pour toutes ces raisons et en vertu de cette analyse théorique que j’utilise non plus le concept de lutte des classes mais le concept de classes dominantes et classes dominées.

Toute période de globalisation se caractérise par :

-L’innovation technologique -L’appétit pour le risque -Les innovations financières qui permettent la fausse monnaie -L’élargissement des inégalités -La collusion entre le personnel politique et les milieux d’affaires

La période que nous avons connue depuis le début des années 80 n’échappe pas à cette caractérisation. Son originalité tient à l’accroissement vertigineux des inégalités et de la concentration des richesses. Pourquoi?

-Parce que les innovations financières ont repoussé les limites du crédit et de la création monétaire, grâce à la fin de l’arrimage du dollar à l’or.

-Parce que les couches sociales laborieuses ont subi une défaite historique à la suite l’effondrement du socialisme réel.

-Parce que le prolétariat a été décimé, chômage, déqualification, délocalisation, robotisation.

-Parce que la modernité a opéré la destruction de la "valeur travail" au profit de la "valeur désir". Le héros moderne c’est non pas le producteur, mais le consommateur ! L’idéal c’est celui que l’on appelle "le jeune de banlieue" qui n’a jamais travaillé, qui n’a jamais vu travailler dans sa famille et qui a ses Nike, sa BMW, tous les Ipad et Iphone etc

-Parce que ce que Marx épingle du nom d’exploitation a été délocalisé, ce n’est plus au niveau du salaire que les gens sont exploités mais au niveau de la finance: crédit consommation, attribution de monnaie gratuite aux kleptos par les taux très faibles, endettement des États, transferts de valeurs cachées au détriment des émergents etc

La financiarisation c’est la mutation du système capitaliste, avec l’exploitation qui devient moins visible, plus subreptice; Ce phénomène fait que les anciennes solidarités entre les travailleurs et entre travailleurs et syndicats sont détruites. Grâce à la financiarisation ce ne sont moins les prolétaires qui sont exploités mais plus les classes moyennes. Ceci explique et justifie le glissement politique des classes moyennes vers les Droites plus radicales. Encore ce glissement est-il inconscient, elles ne s’en rendent pas compte. Il est vrai que les partis de Droite et les socialistes socio-démos ne font rien pour faire progresser la conscience politique des classes moyennes.

Cette situation qui fait disparaitre les solidarités de classe est dangereuse car elle "massifie", ce qui crée les conditions de base du fascisme moderne, celui de la domination sans partage par les dominants, domination qui est favorisée, en plus, par les nouvelles technologies de contrôle, de surveillance, de propagande.



Mister Market and Doctor Conjoncture du Dimanche 30 Mars 2014: Argent, banques parasites et Europe Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 30/03/2014 (en Français texte en français )
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George Soros vient d’écrire «The Tragedy of the Europenne Union». Dommage qu’il n y a pas un seul dirigeant européen capable de penser cela.

George Soros, dit-on, a gagné 4 milliards au cours de l’année 2013. Certains pensent que cela le disqualifie pour s’exprimer sur l’argent, les banques, les gouvernements et, bien sûr, sur le Système. L’idée étant que l’on ne peut dire de choses intéressantes et importantes sur un système dont on profite.

Fidèle à notre cadre analytique qui consiste à ne pas nous aveugler par les personnes qui crèvent les yeux, nous disons que c’est une erreur. Soros n’est pas disqualifié parce qu’il est milliardaire, au contraire, il se qualifie pour parler de ce dont il est capable de tirer profit. C’est parce que Soros comprend le Système, qu’il est en mesure de faire des prévisions justes, prévisions que le sens commun appelle des spéculations, sans se rendre compte que chacun spécule à chaque instant, dans son coin.

Voici ce qui est essentiel, selon nous, dans le livre de Soros:

   Le secteur bancaire est un secteur parasite, c’est lui qui est responsable de l’absence de retour à la croissance, c’est lui qui l’empêche. Le secteur bancaire se comporte comme un parasite de l’économie réelle.

   Le secteur bancaire a réussi à écrémer les profits de l’économie réelle, sa part dans les profits a réussi à atteindre les 35% des profits globaux dans les pays anglo-saxons. C’est insensé.

   Le secteur bancaire, grâce à ses relations incestueuses avec les gouvernements et les soi-disant régulateurs, a fait en sorte que quasi rien ne change de ce qui avait conduit à la catastrophe de 2008.

   En raison des relations incestueuses entre les gouvernements, les administrations et les banques, rien n’a été fait pour remédier au leverage excessif des banques, en particulier en France. Les capitaux propres des banques sont ridiculement faibles et, à ce titre, elles sont très vulnérables. La question du «too big to fail» n’a pas été résolue.

   La situation française est scandaleuse en raison des relations qui existent entre les inspecteurs des finances qui constituent l’autorité d’Etat et les inspecteurs des finances qui pantouflent à la tête des grandes banques privées.

   Un problème semblable de connivence existe en Allemagne dans les banques des Länder et, en Espagne, il y a complicité avec les politiciens.

   La Banking Union est une farce, il n’y a pas d’union bancaire et, de toutes façons, ce n’est pas la solution.

   Contrairement aux apparences, l’Allemagne est le point faible de l’Europe, car ce qui a réussi dans le passé pour l’Allemagne n’est pas ce qui peut réussir à l’avenir pour elle et pour l’Europe. Blâmer les pays débiteurs, considérer qu’ils sont coupables au sens moral, comme le font les Allemands, est une grave erreur, même si cela semble au premier abord naturel et de bon sens.

   La probabilité pour que l’Allemagne sorte de la zone euro est loin d’être faible, la perspective en est réelle. Cela aurait des implications terribles, la monnaie allemande crèverait tous les «toits», et la monnaie des autres pays crèverait tous les «planchers».

D’une façon très générale, nous dirons que la lecture du livre de Soros nous confirme dans notre sentiment: la crise, la vraie, pas sa musique, mais ses paroles, n’a pas en-core commencé. On a vécu l’air de la crise, pas son ère.

6 commentaires:

  1. Soros, l'homme de main des banque central privé de l'occident, il devrait faire gaffe on ne mord pas la main qui nourris (a moins que c'est pour faire diversion?)

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  2. http://wadr.org/fr/site/news_fr/4068/Un-guin%C3%A9en-solutionne-un-probl%C3%A8me-de-math-vieux-de-270-ans.htm

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  3. Vox et praeterea nihil, "la voix, et rien de plus", ou le droit de voter pour se donner des maîtres
    http://popularchie.wordpress.com/2014/04/02/representation-politique-oswald/

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  4. donner un peu est l'alibi pour prendre beaucoup

    http://www.zinfos974.com/Les-baisses-et-les-augmentations-du-1er-avril_a70088.html

    il n'y a pas que la stratégie de choc pour tout prendre
    petit peu par petit peu, insensiblement, aux fil des années
    il ne restera plus grand chose

    17 ans en 68, les circonstances étant différentes,
    avec toutes les critiques justifiés et injustifiés 45 ans après,
    le fond reste le même.
    quand on la ferme, on en prends plein la gueule

    il n'est même plus nécessaire de l'ouvrir pour les faire plier.
    Mr CANTONA a dit: tu vas à la banque
    et tu prends ton liquide, tranquille.
    et croyez moi ils ont eu peur.

    c'est ce que je fait avant le bail in
    on en reparle après.

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  5. 35 neuneus.

    35 neuneus ont écrit un article hilarant, à pleurer de rire !

    « L’Euro, une chance pour la France, une chance pour l’Europe », texte publié dans le supplément économique du quotidien « Le Monde » daté du 28 octobre 1997.

    http://www.manifestepourundebatsurlelibreechange.eu/en-1997-leuro-une-chance-pour-la-france-une-chance-pour-leurope-texte-publie-dans-le-supplement-economique-du-quotidien-le-monde-date-du-28-octobre-1997/

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  6. Concernant le texte sur la lutte des classes, on demandait à Warren Buffet s'il croyait à la lutte des classe. Il répondit: "oui, et nous l'avons gagnée."
    Même plus besoin de se cacher.

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