mardi 15 avril 2014

Bruno Bertez : Politique monétaire : Adieu QE !

Mister Market and Doctor Conjoncture du Lundi 14 Avril 2014: Politique monétaire : Adieu QE! Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 14/04/2014 (en Français texte en français )
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C’est à Hong Kong que le Président de la Fed de Dallas, Richard Fischer, a choisi de lancer une mise en garde solennelle à l’égard de la politique monétaire non conventionnelle et les opérations d’achats de titres à long terme, les QE qui y sont associés. Il est intervenu le 4 Avril à l’Asia Society.



Nous livrons périodiquement nos analyses sur cette politique monétaire, sur ses résultats décevants et sur les risques qui en découlent. Ici, le Président de la Fed nous permet d’avoir une vision d’ensemble, structurée, de la situation ainsi créée, il est logique et cohérent. Fisher est actuellement membre votant au sein du FOMC. Fisher a une réelle expérience des affaires, à la différence de beaucoup de ses collègues.

Il commence clairement par un « Adieu Quantitative Easing » ! Au rythme actuel, QE3 finira en Octobre.

Voici l’essentiel.

Le programme d’achats de titres à long terme, QE, a fait passer le bilan de la Fed de 900 milliards à 4,3 trillions de dollars. Quand la Fed achète ces titres, elle met de l’argent dans l’économie en espérant que cet argent va alimenter l’expansion de l’activité.

L’argent que nous avons ainsi créé n’a pas eu l’effet désiré. Il a été stocké plutôt que dépensé. Il y a actuellement un excès de réserves accumulées de 2,57 trillions, alors qu’avant la crise, ce chiffre n’était que de 2 milliards environ.



Le marché américain du crédit est actuellement noyé sous les liquidités, il déborde.

Nous détenons 30% du stock de titres hypothécaires (MBS) et 24% du stock de Valeurs du Trésor. En concentrant nos achats sur certaines maturités, nous avons mis les taux, dans tout le spectre, à des niveaux très bas, jamais vus depuis un demi-siècle.

Ainsi, par les taux ultra-bas et l’ingénierie financière, nous avons créé un marché haussier, un « roaring bull market », des actions. Les indices boursiers ont triplé depuis mars 2009.

A côté des signes de rebond de l’économie, il y a des développements boursiers qui devraient inciter à la prudence. Les multiples cours-bénéfices corrigés selon la méthode Shiller sont parmi les plus élevés jamais atteints. On est dans les zones record depuis 1881. Il n’y a eu plus élevé qu’en 1929 avant la crise et en 1990 avant la débâcle des dot-com. La capitalisation boursière rapportée au GDP a doublé en 5 ans, elle représente 145% du GDP. Un tel chiffre n’a été atteint qu’en 2000. La dette sur marge est à 466 milliards, c’est le record historique. Le taux de rendement des obligations de mauvaise qualité, junk, est sous les 5,5%, près du record de baisse. Les prêts qui comportent peu de garanties et garde fous, les « covenant-lite » sont de plus en plus généralisés. On est de plus en plus imprudent.

Bref. Les feux sont « orange ». La stabilité financière est en danger. Nous devons surveiller cela de très près, sinon, nous allons nous trouver responsables d’avoir réveillé le fantôme de l’ « irrational exuberance ».

Nous avons assez de liquidité pour financer une expansion des investissements qui créerait des emplois, il appartient au Président et au Congrès de prendre les mesures fiscales et de faire les réformes qui mobiliseront ces liquidités pour l’expansion.

L’inflation n’a pas montré sa tête horrible, mais avec les montants atteints par la base monétaire, ce sera un challenge difficile de ne pas la laisser se déverser dans l’économie et de ne pas succomber à l’inflation.

Suit ensuite une analyse critique de ce que l’on appelle la « Forward Guidance ». Le pilotage des anticipations.

Fisher trouve que c’est un outil de politique monétaire dangereux, complexe et difficile à manier. Il se demande si cela sert bien à quelque chose et si les observateurs et marchés, en fait, apprennent autre chose que ce qu’ils savent déjà. En fait, que ce soit la guidance « explicite type Odyssée ou la guidance obscure, type Delphes », rien n’est satisfaisant. Il est évident que les autorités ne peuvent se lier les mains et, en même temps, elles ne maitrisent pas l’avenir. La réalité est que les autorités laisseront la reprise se développer aussi loin qu’elles le pourront… tant que cela ne fera pas courir des dangers sur l’inflation et/ou sur la stabilité financière. En fait, on verra! « On traversera la rivière en tâtant les pierres sous nos pieds ».



Mister Market and Doctor Conjoncture du Dimanche 13 Avril 2014: La vérité sur l’emploi américain : toujours catastrophique! Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 15/04/2014 (en Français texte en français )
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La démarche du personnel politique et des médias s’attache essentiellement aux apparences économiques. C’est l’époque qui veut cela. Une époque qui a escamoté le réel et vit dans le déni. Le règne de la communication est ainsi fait que, quand on a réussi à agiter quelques signes, quelques représentations, alors on croit qu’on a gagné. Ainsi, on se gargarise sur les 192.000 emplois soi-disant créés le mois dernier.

Nous avons déjà développé cette idée, à savoir que les phénomènes économiques étaient, sur le moyen et long terme, mus par la réalité et non pas par les perceptions. Les perceptions, cela joue sur le court terme, sur les réactions superficielles des différents marchés, mais, sur la durée, les perceptions ne peuvent s’écarter longtemps des évolutions réelles.

Ainsi, pour la hausse des prix, les politiciens et les économistes à leur solde sont contents de triturer les indices afin de faire ressortir une inflation affichée inférieure aux hausses de prix réelles. Hélas, cela trompe son monde, on le voit dans les sondages, mais cela ne trompe pas l’économie profonde.

Une inflation soi-disant maitrisée, mais qui s’accompagne de dérapages au niveau de l’alimentation, des loyers, des soins de santé, des frais d’éducation des enfants, des assurances, des prix dirigés en général, pénalise fortement le pouvoir d’achat. Les gens le voient et la ressentent dans leur porte-monnaie, même si les journaux et les télés disent le contraire. L’inflation apparente joue sur les perceptions, l’inflation réelle joue sur le pouvoir d’achat et le niveau de vie. Jouant sur le niveau de vie, elle joue sur la demande qui est adressée aux entreprises et, par conséquent, elle pèse sur le niveau de l’emploi. Sauf, bien entendu, à compenser l’insuffisance de pouvoir d’achat par le recours au crédit. Et c’est pour cela que l’augmentation du volume de crédit accordé aux consommateurs est une variable centrale. L’augmentation du crédit mesure le gap, le trou de pouvoir d’achat, qu’il est nécessaire de combler pour faire tourner la machine économique. Les économistes se réjouissent de la forte progression du crédit aux États-Unis, quelque chose comme 16 milliards, si nos souvenirs sont bons pour le dernier mois connu. Ils présentent cela comme un facteur positif. En réalité, c’est une nouvelle catastrophe en attente d’arriver, elle reproduit les déséquilibres qui sont à l’origine de la crise de 2008/2009. Ce que l’on salue comme un bien, est en réalité quelque chose qu’il faut déplorer. Cela atteste du fait que la reprise économique est très déséquilibrée et qu’elle n’est, dans une perspective de moyen terme, absolument pas tenable. La reprise sera tout, sauf auto-entretenue.

Nous avons commencé par analyser le phénomène de la hausse des prix. Pourquoi ? Parce que c’est quelque chose de concret. Chacun constate dans sa vie de tous les jours l’écart qu’il y a entre les mesures statistiques officielles et ce qui reste dans son porte-monnaie ou sur son compte bancaire à la fin du mois. Les chiffres mentent, mais ce qui reste dans le porte-monnaie, après avoir assuré les dépenses essentielles, ne ment pas.

S’agissant de l’emploi, les choses sont un peu plus compliquées. Vous touchez du doigt vos dépenses et l’inflation réelle, mais vous ne touchez pas du doigt le chômage et le sous-emploi, sauf si vous avez un chômeur dans votre famille. Disons que la notion d’emploi et de chômage est un peu plus abstraite. Et c’est pour cela que, normalement, le rôle des médias des syndicats et des partis politiques est important. C’est en effet à ces intermédiaires de la démocratie qu’il appartient d’éclairer ces abstractions un peu complexes.

Prenons les chiffres de l’emploi américain, ils ont l’avantage d’être disponibles et très clairs. Les statistiques sont détaillées. Mois après mois, depuis le début de la reprise en 2009, vous êtes abreuvés de créations d’emplois. Chaque mois n’est pas un cri de victoire, mais presque. La manipulation des pouvoirs et des médias touche à son comble. Grâce à cette manipulation, et cela a été la même chose avec encore plus de cynisme en France, vous en arrivez à croire qu’il y a arrêt de la dégradation, voire amélioration.

Or, il se trouve que les chiffres officiels américains sont sans équivoque. Non seulement il n’y a pas eu de créations d’emplois depuis le début de la récession qui s’est terminée en 2009, mais il y a eu destructions. En décembre 2007, il y avait 138,4 millions d’emplois aux États-Unis. Si l’on en croit les chiffres toujours officiels du mois dernier, et calculé selon la même méthode, il n’y avait que 137,9 millions d’emplois aux États-Unis, soit 500.000 emplois de moins. Il faut un peu de mémoire et un peu de dossiers pour comprendre l’économie ! Ainsi depuis 75 mois, on claironne le succès alors que l’emploi total a baissé de 500.000 postes, alors que l’on a opéré 3,5 trillions d’achats de titres à long terme par le biais du bilan de la Fed. Cela, c’est du réel, cela, c’est de l’officiel. Il suffit de triturer les chiffres au-delà des titres des journaux.

En résumé, pour 3,5 trillions de LSAP, ce que l’on appelle improprement du money printing, on a tout au plus réussi à retrouver le niveau d’emploi de décembre 2007, niveau amputé de 500.000 jobs.

Mais il y a plus, et nous nous excusons si c’est un peu plus compliqué. Sur les emplois qui ont été soi-disant créés entre 2007 et 2014, près de la moitié sont ce que l’on appelle des petits jobs, c’est-à-dire des jobs qui ne produisent que des salaires médiocres. Mettons que le salaire normal d’une personne qualifiée aux États-Unis soit de 40.000$ par an, alors, les salaires procurés par les petits jobs sont autour des 20.000$. C’est-à-dire près de la moitié. Il y a une déqualification considérable, il y a une perte de qualité et une augmentation du taux d’exploitation de la main d’œuvre. Sans compter l’accroissement de la précarité. Ces petits jobs, on les retrouve dans le tourisme, la restauration, les loisirs, la santé, les services à domicile, les barmen, les salons d’onglerie, les cordonneries, les vendeurs à la sauvette, etc. Ce sont des jobs occupés par une sorte de nouveau prolétariat. La presse qui n’est pas aux ordres aux États-Unis appelle cela les petits jobs de survie. Et sur les 7 millions d’emplois soi-disant créés aux États-Unis depuis décembre 2007, il y en a en 3,4 millions qui sont de petits emplois de survie. La soi-disant renaissance du marché de l’emploi est une escroquerie politique.

L’autre caractéristique de l’évolution de l’emploi américain est la très forte augmentation des emplois à temps partiel. Alors que l’emploi total depuis 2007 a baissé, l’emploi à temps partiel, qui est une partie de cet emploi, a progressé de 900.000 en chiffres ronds. C’est-à-dire que la composante précaire s’est fortement accentuée. Comme le dit un observateur, ce sont des emplois Disney. Il est évident que, non seulement ces emplois ne procurent pas de quoi vivre décemment par le nombre d’heures insuffisant, mais en plus, ils sont payés au minimum, archi-minimum possible.

Comment voulez-vous, avec une évolution de l’emploi réel aussi catastrophique, et un effondrement du pouvoir d’achat réel aussi net, espérer une reprise auto-entretenue ?

A tout ceci, s’ajoute, mais nous n’avons plus les chiffres en tête, l’érosion des salaires réels globaux que l’on enregistre depuis plus de 10 ans. Baisse du pouvoir d’achat des salaires, régression de l’emploi global, chute du nombre d’heures travaillées, glissement des taux horaires, tout cela fait que l’économie ne peut pas tourner normalement, faute de revenus suffisants.

Tout cela explique les 50 millions de de food stamps/soupes populaires, tout cela explique que près d’un Américain sur deux voit son pouvoir d’achat salarial complété par des transferts de l’Etat, tout cela explique que l’accroissement du recours au crédit est vital.

Le tout pour 3,5 trillions de dollars. Au prix d’un accroissement considérable de la fortune des 0,1% kleptocrates, au prix de la ruine des petits épargnants auxquels on a supprimé la rémunération des placements sans risque, au prix de la multiplication des contrôles et règlementations, de la surveillance et des pertes de libertés. Et il faut ajouter, au prix d’une fragilisation extrême du système, fragilisation qui se manifestera lors du prochain accès de crise.

7 commentaires:

  1. A J-40, Marianne se réveille :
    http://www.marianne.net/Cette-semaine-dans-Marianne-Comment-les-Americains-vont-nous-bouffer_a237991.html

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  2. Je trouve Bertez assez optimiste/aventureux voire crédule pour cette affaire de "QE finito en octobre".

    Lui mieux qui quiconque sait que l'on doit toujours distinguer les mots, des actes, des faits.

    Critiquer le QE, c'est possible. Et certains officiels n'hésitent pas à le faire. Dire même que le QE doit cesser... là aussi ça se conçoit... La FED nous amuse depuis des mois avec son "tappering".
    Je rappelle en outre que dès le début de 2009, la FED et les commentateurs déblateraient sur "la sortie des mesures non conventionnelles"...

    On a vu le résultat... 5 ans après on y est toujours.

    Ca fait partie du cirque.

    Et puis de l'autre côté, il y a ce qu'on peut faire concrètement.

    La FED ne peut pas se passer du QE. Tout simplement. Sans QE, il n'y a plus d'acheteurs de bons du trésor US et autres merdouilles des banques privées... Les taux s'envoleraient. L'immo, le marché actions s'effondreraient.

    On arrête de pédaler, bilan la bicyclette tombe.

    Donc personnellement, je ne crois pas à la fin du QE pour octobre 2014.

    No way.

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  3. Tiens ! Quand je te disais que Wauquiez était un petit marquis bruxellois, parfaitement en ligne, et pas du tout en opposition malgré le plan de com' des médias.

    http://www.contrepoints.org/2014/04/15/162975-wauquiez-le-luxembourg-et-la-theorie-economique

    Ce type est un commissaire politique, comme au PS.

    Une synthèse. UMPS.

    Crapule qui cache bien son jeu, mais qui sur les vrais sujets, ne peut pas s'empêcher de se dévoiler.

    La liberté, une fiscalité basse... tout cela le petite Wauquiez ne peut pas le supporter. Ca le défrise.

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  4. Bertez devrait réfléchir... Surtout lui qui nous prévient sans arrêt de ne pas nous arrêter aux mots, aux signes.

    Juste en prenant connaissance de cette donnée (officielle en plus) :
    http://tinyurl.com/m927gv5

    ... on peut mesurer l'étendue de la crapulerie de la FED, de la corruption stupéfiante qui règne dans le système, le foutage de gueule permanent, à l'échelle planétaire.

    Ainsi... La FED nous casse les grelots avec son "tappering"... on annonce la fin du QE... Yelen fait la danse du ventre... mais DANS LE MEME TEMPS... un miracle... La Belgique fait exploser son total de bons du trésor US.... devant ainsi le 3ème PORTEUR AU MONDE !

    Ah ah ah ah ah.

    Qui se cache derrière ? Une autre banque centrale complaisante, faisant partie de l'arnaque ? la BCE ? Ou bien la FED elle-même ?

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  5. Mardi 15 avril 2014 :

    "C'est un jour sombre pour la France et les Français. Nous avons un écoeurement immense car notre produit phare, la Gauloise, va être fabriqué à l'étranger. La production des deux usines (Nantes et Riom, ndlr) va être transférée en Pologne", a estimé Eric Comparot, délégué CGT à l'issue du Comité central extraordinaire.

    http://lexpansion.lexpress.fr/entreprises/la-seita-ferme-la-plus-grande-usine-de-cigarettes-en-france_1508857.html

    Les cigarettes Gauloises seront dorénavant fabriquées en Pologne.

    Mais pourquoi en Pologne ?

    Réponse : les coûts horaires de la main d'oeuvre ne sont pas les mêmes dans l'Union Européenne.

    En France, le coût horaire est de 34,30 euros.

    En Pologne, le coût horaire est l'équivalent de ... 7,60 euros !

    Conséquence :

    Les usines ferment en France. Et de nouvelles usines ouvrent en Europe de l'est en général, en Pologne en particulier.

    L'Union Européenne, c'est la désindustrialisation de la France.

    L'Union Européenne, c'est un suicide collectif.

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    1. Et la main d’œuvre ne doit pas peser lourd dans le prix d'une cigarette...
      Même une industrie aussi réglementée nous échappe.
      Pillage !!
      f.

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    2. on parle toujours du coût horaire mais qu'en est il de la productivité ? parce que la compétitivité seulement au niveau salaire ça ne veut rien dire.

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