lundi 7 avril 2014

Critères préalables à une révolution

Critères préalables à une révolution
Le banc du village, 05/04/2014 (en Français texte en français )
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Quelques constats actuels sur notre société :
  1. un climat de relative prospérité économique : ce vendredi 4 avril 2014, surfant sur des marchés financiers euphoriques, certains indices boursiers ont atteint de nouveaux records historiques. Aujourd’hui c’est le S&P 500 aux USA (1890.6 points), ainsi qu’un record annuel du CAC 40 en France ; récemment c’était le NFP ; on a prévu celui du DAX, etc. Mais l’économie ce n’est pas que la finance, c’est aussi la production réelle, et de ce côté là les records sont battus aussi : le dernier chiffre officiel de Pôle "emploi" donne 3,34 millions de demandeurs d’emploi sans activités, recensés. On est donc bien dans une prospérité économique parfaitement relative.
  2. des antagonismes forts entre les classes sociales : certes on n’ose plus parler de classes sociales traditionnelles, peut-être à cause de la disparition même de la conscience de classe façon Marx. Cependant (comme l’avait analysé Louis Chauvel en 2001) l’accroissement des inégalités de richesse s’est envolé depuis, et des interrogations sur la "justice sociale" reviennent régulièrement sur le devant de la scène politique, laisser entrevoir un retour de la notion de classe. Si l’on prend la notion de classe sociale au sens plus large, économique de Weber, ou fonctionnel de Schumpeter, on constate là aussi des dissensions croissantes, des jalousies, entre les différentes professions et catégories socioprofessionnelles.
  3. des intellectuels devenus adversaires virulents de l’autorité dirigeante : toujours ce même jour, dans la dernière émission de télé publique où l’on reçoit encore quelques intellectuels (ou ce qui y ressemble encore le plus), les sept personnes invitées (politologues, sociologue, écrivains) ont passé 1h30 à décrire l’impéritie, la vacuité, voire d’avantage, du personnel politique de quelque bord qu’il soit, et conséquemment la mascarade que représente un système politique électoral où le taux d’abstention bat, là encore, des records. Enfin, il suffit d’aller voir les étalages des nouveautés chez les libraires pour sentir le climat de défiance qui règne entre ceux qui pensent et ceux qui gouvernent.
  4. des dirigeants ayant perdu confiance en leur autorité et en ses fondements : c’est à notre époque non plus la crise de la monarchie, mais la crise de la "démocratie" quand elle s’enraye. Les bleus et les roses s’alternent mécaniquement au pouvoir. Ils n’ont pas le temps de s’asseoir qu’ils sont déjà sanctionnés par le peu de votants qui a pris la peine de se déplacer. La dictature des sondages leur rend toute réforme infaisable. Et de toute façon les décisions économiques effectives ne sont plus de leur ressort, elle sont passées aux instances européennes.
  5. un gouvernement confronté à des difficultés financières graves : est-ce vraiment la peine d’en rajouter ? 2000 milliards d’euros de dette publique, 94% du PIB. Un doublement en dix ans, soit une croissance de la dette d’environ 7% par an.
  6. une utilisation maladroite de la force devant les premiers mouvements de mécontentement : après quelques mois très chauds sur les pavés (mariage pour tous, jour de colère, etc.) la tension n’est pas retombée. Entre accusations d’agressions gratuites par les forces de l’ordre d’un côtés, ou de laxisme de ces mêmes forces de l’ordre vis-à-vis de certains mouvements violents (antifas, etc.), on ne peut pas dire que le ministre de l’Intérieur possède une grande maîtrise de ses effectifs. Pourtant ce ministre, Mr Manuel Valls, est passé cette semaine premier ministre. Il a annoncé avoir formé "un gouvernement de combat". Mais je n’ai pas entendu explicitement contre qui allait être mené ce combat.

Ces six points écrits en gras sont six critères énoncés tels quels par le sociologue américain Crane Brinton. Ils constituent, selon son analyse exposée dans l’ouvrage "The Anatomy of Revolution" (1938), les six critères préalables aux situations révolutionnaires.

5 commentaires:

  1. Relative prospérité =/= prospérité relative

    Et si tu n'aimes pas la civilisation, lâche cet ordinateur définitivement et retourne donc dans ton champ, gros plouc. (pas juste pour le plaisir, hein, pour bosser toute la journée/toute la semaine/toute l'année).

    Tu m'en reparleras dans quelques années.

    J'adore ces petits cons qui ont bien vécu dans l'abondance et la paix et viennent maintenant cracher dans la soupe !

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    1. Commentaire d'une rare idiotie, qui montre bien que certains se complaisent bien dans une société qui leur permet de bien vivre, mais qui ne veulent pas savoir que c'est au détriment de bien d'autres.

      Qu'importe que de plus en plus de gens soient au chômage, tant que MOI j'ai un job ou une rente qui me permet de bien vivre.

      Les autres ne peuvent être que des envieux qui n'ont pas réussis !

      Ben tient ! Que des prix nobel d'économie dénoncent cette inégalité extrême des richesses ne va pas les faire réfléchir, non. Ce sont sûrement des prix nobel idiots...

      Abruti !

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    2. @ 08:26
      D'accord avec vous en ce qui concerne 04:49 (le Z de 04:58 du billet "les barbares..." ci-dessus?).
      Par contre je serais plus circonspect en ce qui concerne la référence aux récipiendaires du "prix de la banque de Suède décerné à l'occasion du prix Nobel". Le fait qu'il y ait 90% d'anglo-saxons à avoir reçu ce prix signifie pour moi que beaucoup d'entre eux ne l'ont pas reçu pour leur intelligence mais plus prosaïquement parce que leurs résultats allaient dans le sens voulu par le pouvoir économico-financier (sans doute pas ceux auxquels vous faites allusion, mais sait-on jamais). Il y a des prix "Nobel" d'économie qui ont subi des faillites retentissantes pour avoir voulu appliquer leurs théories dans le monde financier réel...

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    3. Tiens !

      Un 'prix Nobel d'économie' qui propose, en 2002, de faire gonfler une bulle immobillière pour contrer l'éclatement de la bulle intenet :

      http://www.nytimes.com/2002/08/02/opinion/dubya-s-double-dip.html

      Formidable, les prix Nobels d'économie. On en redemande.

      Quand au chômage, j'ai bien donné, merci. Et ce n'est certainement pas dans l'enfermement sur soi qu'on s'en sort.

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    4. > Quand au chômage, j'ai bien donné, merci. Et ce n'est certainement pas dans l'enfermement sur soi qu'on s'en sort.
      Tu veux en sortir vite du chômage? Facile: on coupe les allocs. Voir tous les pays où les allocs chomage n'existent pas, les gens s'en portent mieux, puisqu'ils sont tout le temps dans l'action, il faut bien vivre. Par du black (du court-circuitage du système donc) notamment, ou de la solidarité familiale pendant un temps quand ca ne marche pas du tout (retour à l'essentiel donc).

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