lundi 7 avril 2014

La France bouleversée : ses 2 traumatismes sociaux depuis 1945

La France bouleversée : ses 2 traumatismes sociaux depuis 1945
Le banc du village, 29/03/2014 (en Français texte en français )
→ lien
Abasourdie par l’insolence de la réussite économique des États-Unis d’Amérique, subjuguée par leur culture déferlante et divertissante, la France de la deuxième moitié du XXème siècle a vu en elles le nouveau modèle de société désirable. L’American way of life fit rêver nombre de politiques, navrants héritiers du pays de Charlemagne, de Chateaubriand et de Balzac.

Le Nouveau-Monde, les États-Unis, c’était d’abord la modernité, le monde du nouveau. La France, jusqu’en 1950, c’est la paysannerie. Etymologiquement, les paysans sont les "gens du pays". On ne peut être plus attaché, intégré, représentant légitime d’un territoire que lorsqu’on en cultive la terre. Mais la paysannerie devint le symbole passé, la honte de ne pas être moderne, la première chose à éradiquer sous prétexte de "révolution verte". Les États-Unis, c’était aussi les villes-champignons et leurs buildings de verre. Ce que les architectes diplômés trouvèrent pour remplacer l’architecture française (de pays aussi bien qu’urbaine) et s’y apparenter furent HLM et barres d’immeubles, ces boîtes à chaussures à trous étant le nec plus ultra de l’habitation moderne des années 60. D’autant que l’immobilier ça gonfle bien le PIB, nouvel indicateur synthétique qui mesurait la création de richesse en ignorant la destruction de tout le reste, et qui fut alors adopté en France après avoir été brillamment inventé aux USA en 1934. Il a fallu loger en ville toutes ces familles de paysans chassées par les révolutionnaires verts (ces géomètres et ces ingénieurs des buildings parisiens), car elles ne purent plus subsister simplement (on se mit à dire "pauvrement") dans leur tranquille campagne qu’on était en train de ravaler avec la barbarie mécanique via le remembrement. Ces paysans connurent la joie du salariat. L’autonomie désormais sera synonyme de salaire, et de crédit. Le bureau et l’usine devinrent les nouveaux horizons du quotidien. Alors qu’avant la famille paysanne était soudée sous un toit et se perpétuait dans un flot temporel lent et ininterrompu (on se mit à dire "ennuyeux"), l’argent était l’argent familial. Comme la cuisine, comme le champ, comme la bêche, c’était un outil. Peut-être le moins noble à leurs yeux. Les quelques-uns qui restèrent devinrent des agriculteurs. Les nouvelles méthodes agricoles n’étaient plus tournées vers la subsistance, mais vers le mercantilisme.

Pour moderniser cette France la main d’oeuvre de l’exode rural ne suffisait plus à aller aussi vite que l’on voulait aller, il a fallu importer des hommes comme on importe du charbon. Ainsi une immigration de travail abonda entre 1945 et 1974, ces fameuses 30 années de bétonisation et de saccage d’un magnifique pays qui incarnent encore l’étalon économique de référence pour la majorité des dirigeants actuels qui n’ont qu’une chose à proposer à longueur de laïus, du PIB, chose ô combien désolante. Puis l’illusion d’une société idéale où, sans faire de distinction, le progrès fournirait du travail et du bonheur comme une source fournit de l’eau fraîche, s’est vite dissipée. Le chômage est apparu, et s’est développé inlassablement conjointement à la technique, faisant fi de toutes les imprécations politiques à son encontre. L’immigration attira l’immigration, politique de regroupement familial oblige, alors que la France piégée dans la spirale du capitalisme industriel n’eut plus rien à proposer d’enrichissant financièrement, et encore moins sur les autres plans. Les gens qui ont crû au progrès technique libérateur (car "progrès" ne s’entend plus que sur le plan strictement technique aujourd’hui) ne sont pas toujours pas revenus de leur futur imaginaire, qui recule comme un mirage au fur et à mesure que l’on avance. Ils refusent d’admettre que le mal-être de la société est engendré en grande partie par ce progrès technique "neutre". Car le progrès déracine l’homme de son milieu, de son histoire, de sa famille, de sa tradition. "La continuité est un droit de l’homme" affirma l’avocat Charles Brook Dupont-White en son siècle. Le progrès, totalitarisme bienveillant, anonyme, nie ce droit aux sociétés cultivées. Il déracine tout, au sens figuré comme au sens propre, pour semer un homme nouveau (ce qui est l’ambition commune à tous les totalitarismes) dans ses mégalopoles morbides d’acier et de béton. On attend avec stupidité le prochain totalitaire sous la forme d’un petit moustachu rigide dans une paire de bottes, et on est incapable de le reconnaître s’il se présente en blouse blanche et sourire blanc sur un écran LED. Il a fallu faire des efforts dit-on, exiger des sacrifices, pour enterrer le passé et se moderniser, pour avancer vers le bonheur des publicitaires, des technocrates, des capitalistes. Si aujourd’hui le bonheur n’est pas advenu et se fait désirer, c’est que l’on est pas allé assez loin bien sur. Il faut persister, dit-on toujours…

Voila donc les 2 principaux mouvements sociaux qui ont bouleversés la France depuis l’après-guerre : l’extinction forcée de la paysannerie au nom du progrès, l’immigration de masse au nom de la croissance.

Le cas des États-Unis est spécifique. La première colonie de Jamestown fut fondée en 1607. Seulement douze ans plus tard, les premiers esclaves noirs y furent débarqués. En 1699, il y avait 13% de noirs en Virginie. En 1760, 20% de la population totale était noire.

Les États-Unis sont multiraciales depuis leur fondement. Objectivement c’est un pays sans tradition propre, sans culture ancestrale, qui s’est fondé sur rien en voulant rompre ses liens avec l’Europe. Fondé sur rien, pas exactement, puisque qu’il réussit le triste exploit d’avoir cumulé génocide, colonisation et esclavagisme pendant 3 siècles, y bâtissant sa puissance économique. Tout cela fut célébré sous le nom de Liberté.

Mais ce qui nous intéresse ici est donc que ce pays fut repeuplé dès sa (re-)fondation par une multitude d’hommes de différents pays et de différentes couleurs (et même par quelques Amérindiens…). Les esclaves qui y furent amenés durent laisser leur culture africaine loin derrière. Pas sûr d’ailleurs qu’ils aient eu le temps de développer une culture africaine en Afrique même, étant donné que les raids meurtriers pour se fournir en hommes faisaient régner la terreur dans les terres. Ces raids systématiques avaient déstabilisé totalement les sociétés qui ne pouvaient plus développer sereinement des lieux de vie, d’agriculture et d’élevage, de peur de devenir des proies trop faciles pour les chasseurs d’esclaves. On appela la conséquence de ce régime de terreur "l’incapacité à se nourrir" (alors comment avaient-ils subsisté depuis la nuit des temps…) et l’on justifia ainsi la colonisation de l’Afrique qui prit instantanément le relais à l’abolition de l’esclavage en 1865.

On peut donc dire de la culture américaine contemporaine, pour peu que l’on ose appeler un mode de vie basé sur la consommation jetable culture, qu’elle s’est développée sur une multi-ethnie originelle. Bon gré mal gré, ce pays est multicolore, multiracial, mais uni dans son image, dans sa représentation de lui-même. Ce pays sans histoire est né métis. Le racisme est bien présent, ancré, évidemment, mais c’est un racisme primaire. Un racisme de race, de couleur. Le plus bête des racismes. Celui qui croit en des races inférieures et supérieures. Le racisme du maître et de l’esclave. Pas le racisme apeuré qui se protège, mais le racisme conquérant qui aborde. L’abolition de l’esclavage, le racisme institutionnalisé sous sa pire forme, arrive en 1865, il resurgit vengeur avec le Ku Klux Klan en 1867. Tristement, ce racisme se fond avec sa culture, c’en est un folklore, c’en est presque une force de par la lutte qu’il nécessite de mener contre lui, il en fait partie. Le pays vit avec, sait quoi en faire, et ça ne le gêne pas puisqu’il trouve la force d’élire un président métis à sa tête.

La France d’en haut a cru que cette union des couleurs pouvait être un moteur du dynamisme, incarné par le développement fulgurant des USA. Hollywood nous a vendu la modernité d’une union des couleurs dans une culture prête-à-emporter, la "United Colors" attitude. L’Amérique babillante prétendait hypocritement montrer au monde l’exemple à suivre. Mais l’Europe, la France, ont un historique incomparable, une géographie, et un peuple. Ceux-ci s’écrivent ensemble depuis au moins l’antiquité grecque. Cette histoire a fait leurs cultures. Les Africains d’Afrique ont également une histoire et une géographie, ils ont leurs cultures, si belles. Tout comme aller coloniser l’Afrique pour apporter ce que nous croyions être une culture supérieure fut un échec et une aberration, "amener" des Africains en Europe pour les intégrer dans ce que nous croyions et croyons être une civilisation supérieure fut et est toujours un échec culturel et une supercherie réciproque, dont on se demande qui en profite. Car contrairement aux esclaves d’Amérique, les Africains viennent ici en esclaves libres et volontaires pourrions-nous dire. Ils croient aux mirages que la propagande occidentale fait circuler pour justifier ses invasions économiques. S’ils ne sont guère mieux traités qu’Outre-Atlantique, ces voisins peuvent pourtant y amener leur culture africaine. Et c’est là qu’un noeud se forme.

L’Européen n’est pas un raciste primaire comme l’Américain. C’est juste l’homme de sa culture, tout comme l’Africain. Il ne s’arrête pas à la couleur en croyant qu’elle fait l’homme. En revanche il tient à son histoire. C’est pourquoi cette juxtaposition incessante, grandissante de cultures (cultures qui véhiculent langues, ethnies, coutumes, religions…) n’ayant pas de fondation géographique locale le dérange. Une culture se forme sur un territoire, avec un peuple. Et quand trop de représentants de ce peuple se déplacent "sur" la culture d’un autre en emmenant la leur, on peut comprendre les tensions qui en résultent. Les tensions s’exercent dans les deux sens, à mesure de l’accroissement de l’une et de la diminution en part relative de l’autre, les cultures minoritaires n’ayant pas la place pour s’affirmer et vivre pleinement, la culture majoritaire voyant les cultures minoritaires comme des invasions. On ne force pas des cultures à se mélanger. Les pays qui ont eu leurs frontières tracées à la règle au mépris des cultures, en forçant les cohabitations, ont toujours mal fini. L’apparence multi-ethnique des USA est originelle, elle est son identité. La France d’Europe est blanche, d’origine gréco-romaine, et est la fille aînée (fille rebelle certes, mais fille quand même) de l’Eglise. Ce n’est pas un racisme d’affirmer cela et que d’ouvrir un livre d’histoire, c’est d’ailleurs comme ça que l’a définie De Gaulle. Les greffes artificielles d’autres cultures estimables mais n’ayant rien en commun sur celle-là sont malheureusement condamnées à être des rejets. Constat actuel : la France emplit ses prisons à 70% de musulmans.

YG

2 commentaires:

  1. Rationalisation du racisme et de la xénophobie.

    La merde du nain bécile.

    RépondreSupprimer
  2. "Nain bécile" ?
    Que nenni !
    Les USA sont un modèle passionnant : ils réussissent à faire gober qu'ils sont le "land of opportunity" pour toutes les couleurs, races, religions, etc. alors que c'est au contraire un pays ultra-raciste et inégalitaire ou la plèbe impériale bosse pour le 1% en rêvant éveillée de l'American Dream qui est sa prison.
    On est en pleine Idiocracy.

    Notre modèle est en crise car, en France, nous manquons de cynisme pour le généraliser à l'Afrique.

    RépondreSupprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.