lundi 7 avril 2014

Nous sommes des barbares modernes et non une civilisation

Excellent blog que ce blog du "banc du village" que je découvre... Une réflexion très profonde et intéressante sur la faillite de la religion du progrès...

Nous sommes des barbares modernes et non une civilisation
Le banc du village, 21/03/2014 (en Français texte en français )
→ lien
"Une nation réellement civilisée peut se passer de tribunaux et de gendarmes" Georges Bernanos
Cette citation lapidaire est tirée de l’excellent livre aux accents prophétiques "La France contre les robots" , écrit en 1944. C’est certainement la meilleure définition de la civilisation que j’aie jamais lue.

Imaginons faire passer ce test à notre société moderne : plus de Palais de Justice, plus de magistrats, plus de Forces de l’Ordre, plus de centres pénitenciers. On a tous des images de chaos en tête. Impensable. Alors même que toutes ces institutions sont débordées, que le moindre procès met des mois à avoir lieu, que les policiers sont partout défiés, que les prisons françaises sont occupés à 170%, ou que presque 1% de la population adulte américaine est incarcérée (0,9% en 2011).

Comme aujourd’hui il est constamment nécessaire de le faire, rapprochons-nous de l’étymologie du mot civilisation. L’étymologie est le pic qui permet de découvrir la pierre sous la gangue d’années de corruption du langage, de novlangue. Elle pourrait, en tant qu’outil permettant de chercher la vérité du mot, tout aussi bien être interdite par les dictateurs comme le furent souvent l’histoire et la philosophie, qui permettent de chercher l’une la vérité du temps et l’autre la vérité de l’homme.

Le terme civilisation est donc basé sur le latin civilis (civile), lui-même tiré de civis (citoyen). En latin civis est à son origine un nom collectif signifiant « ensemble des personnes qui dorment sous le même toit ». Mais civis lui même a des origines plus anciennes. On retrouve jusque dans des inscriptions ancestrales de l’indo-européen commun la forme archaïque ceiveis, « se coucher, être couché » qui donne, pour le sens propre, en latin cunae, cunabula (« berceau, nid ») ; en grec ancien κεῖμαι, keimai (« être étendu ») ; en allemand Heim (« foyer, maison ») ; en slavon сѣмь qui donne le russe семья (« famille »). Les notions constituantes et assimilées à civilisation sont donc : origine, berceau, couche, nid, foyer, famille…

La définition de Bernanos est donc du point de vue étymologique parfaitement exacte, et dans l’esprit originel de civilisation. Etre civilisé signifie appartenir à une communauté de même origine, une grande famille où chaque membre est né dans le même berceau. Et dans une famille, effectivement, on n’a besoin ni de tribunaux, ni de gendarmes.

Il peut donc y avoir de multiples civilisations (de multiples foyers). Mais leur degré même de civilisation, si tant est qu’il puisse être mesurable, le serait alors au degré de civilité. La notion de technique est absolument étrangère à l’idée de civilisation. Une civilisation peut très bien avoir un développement technique exceptionnel, illimité, mais n’être que dérisoirement civilisé. Force est de constater que ceux qui se sont aventurés à qualifier la civilisation occidentale de supérieure au cours des 2 derniers siècles, lui conférant en même temps une tâche civilisatrice, se sont lourdement trompés. Ce qu’ils apportèrent fut dans le meilleur des cas leurs propres technologies. Quant à la civilisation locale, ils la retranchèrent aussi souvent.

A l’heure actuelle on masque la misère humaine générale, la pauvreté des rapports sociaux, la disparition des diversités de cultures, les ravages environnementaux, sous l’affirmation étouffante que le progrès technique régnant sans partage en tout lieu est la preuve que nous sommes la civilisation la plus aboutie. Et on ne parle plus que d’UNE civilisation, LA civilisation moderne, par oppositions AUX civilisations passées. On a ôté aux autres formes de civilisations qui souhaiteraient adopter d’autres techniques que les techniques industrielles toute légitimité. Ce faisant, on a laissé la technologie correspondante se développer, s’infiltrer dans tous les secteurs sociaux pour finalement en prendre le contrôle sans voir que l’homme perdait en liberté ce qu’il gagnait en efficacité.

Le terme barbare, emprunté au latin barbarus, lui-même issu du grec ancien βάρϐαρος : bárbaros (« étranger »), était utilisé par les anciens grecs pour désigner les peuples n’appartenant pas à leur civilisation. La barbarie est donc ce qui s’oppose à la civilisation, ce qui est en-dehors. Aujourd’hui, considérant l’individualisme exacerbé, qui signifie en même temps l’apparition d’une multiplicité d’altérités, ainsi que tout ce qui a été évoqué auparavant, nous affirmons : nous ne sommes pas une société civilisée. Nous sommes une société technologique barbare.

16 commentaires:

  1. Cet article est d'une rare bétise et profondément mensonger. En quoi la signification de mots d'il y a des milliers d'années à quoi que ce soit a voir avec ce qu'on désigne par ces mots aujourd'hui ?

    Et puis lâche définitivement ton ordinateur si 'barbare' et retournes donc à 'la terre qui ne ment pas' ( on l'a fait largement avant toi, tu sais ? ).

    Guignol.

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    1. Fais du yoga, calme toi.

      Si tu refuses de comprendre que l'homme s'inscrit FORCEMENT dans une durée, sur une terre, et au sein d'une communauté... alors va réserver une chambre dans l'"hôtel" de ton copain Attali.

      Ton commentaire sur l'inutilité, au fond, des mots est stupéfiante. Car les mots traduisent la pensée.

      Des mots pauvres, coupés du Réel et de l'histoire et du sens... eh bien ça donne mécaniquement une pensée pauvre.

      Tu en es la parfaite illustration.

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    2. On peut être moins lapidaire.
      L'enracinement culturel est facteur d'immobilisme, mais également de stabilité, car il perpétue les recettes "qui marchent".
      Le dynamisme de l'ouverture sur l'autre est un facteur d'adaptation, mais il faut perpétuellement se réinventer, ce que bien peu sont capables de faire (à peine 1/16e de la population, et encore... voir sur http://www.16-types.fr/ la répartition statistique sur l'indicateur de Myers-Briggs).

      Notre Tonio semble faire partie des "ENFJ" (je le classe à la louche, il faudrait qu'il fasse ses propres tests, ce qui le met dans une classe ne représentant que 2-5% de la population, ratio assez crédible).

      Je ferme la digression, mais mon intuition est qu'il en va de même pour les civilisations, dont le profil et les circonstances favorisent tel ou tel profil d'individus.
      Et l'ultra-libéralisme actuel favorise ouvertement l'immobilisme (business as usual) alors qu'il est incohérent de raccorder productivité et stabilité.

      Marx doit bien rigoler : le capitalisme va vraiment crever sous ses propres contradictions, et au moment du Grand Patatras on dira : ok, on revient aux valeurs traditionnelles, et d'extrême droite elles passeront à l'extrême gauche !

      Je vous l'avais dit : se réinventer continuellement, ça fatigue...

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    3. A par des anathèmes et des insultes, tu proposes quoi?

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    4. Article mensonger : donc l'étymologie serait mensongère ? Libre à toi de refonder une langue à partir de rien.
      Et dans ton optique "lâche l'ordinateur", on pourrait te répliquer bêtement "si tu vénères tant la technologie va habiter dans le nord du Japon, vers Fukushima par exemple".

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    5. L'Etymologie, ce n'est pas le sens _actuel_ des mots, mais celui qu'il y avait il y a fort fort longtemps. L'escroquerie consiste à appliquer le sens d'alors aux mots d'aujourd'hui.

      Et ce n'est pas moi qui réclame le retour à la terre et fait tout le contraire. (c'est certainement ça qu'il entend par le 'décent' qu'il colle à tout bout de champ pour faire semblant de penser).

      Un ordinateur, ce n'est pas une machine : c'est le bout d'une chaine comprenant des dizaines de millions de producteurs et des centaines de millions de consommateurs. S'ils ne sont pas là, il n'y en a pas.

      Donc t'aime pas la civilisation ? Lâche ta machine et retournes aux champs.

      Bouffon.

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  2. Oui, de vrais babars, pour le fun, en réponse d'un Anonyme7 avril 2014 04:49 sur le sujet : Critères préalables à une révolution

    Il y un an, nous avons basculé dans l'horreur. Combien d'entre nous l'ont compris ? Nous sommes en guerre économique et nous perdons du terrain.

    Peu importe, c'est la dynamique qui compte. Les évènements s'enchaînent et se déchaînent à un rythme de plus en plus soutenu. Difficille de suivre.

    Mais certains se battent avec une drôle de stratégie, et remercions Dieudo pour mettre un doigt sur un petit problème :

    https://www.youtube.com/watch?v=kV4EebrFqPs

    Bientôt 1 500 000 entrées en 3j, mais surtout hallucinantes déclaration de guerre de Valls BHLisé.

    Et cela ne fait plus rire du tout. C'est l'huile sur feu, ce Valls. Attention chaud devant et c'est maintenant.

    Car, il y a certainement une petite raison à ce délire verbal… et la provocation n'est jamais gratuite à ce niveau.

    Alors, ce gouvernement de combat ne devrait pas tarder à trouver une confrontation…inutile, comme d'AB.


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    1. > Il y un an, nous avons basculé dans l'horreur
      Faut vraiment arreter les discours de revolutionnaire en pijama. L'horreur? Des millions de morts, où ca? Quand on y sera, on utilisera quels termes du coup?

      Ca mange trop, ca glande, c'est bourré de vacances et RTT, c'est protégé par un systeme de santé blindé, des allocs de partout au cas ou ca casse (même si ca fout rien on le paye, ca s'appelle le RSA, incroyable!), ca vit sa vie par procuration via le petit monde des politiques, ca s'emmerde, donc ca rêve de sang. Mais il ne se passe rien.

      Dommage hein?

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    2. "L'horreur? Des millions de morts, où ca?"

      Que c'est beau le guerre économique, c'est propre, sans bavure, sans goûte de sang, et personne ne la comprend, la preuve votre stupide réaction. Les chômeurs ne sont qu'un dommage collatéral, et les fermetures dans l'industrie qu'une remise à niveau.

      C'est avec des blaireaux aveugles comme vous que la guerre est perdue d'avance. Vous en voulez de la violence en voilà:

      http://droite.tv/quasi-guerre-civile-en-espagne-des-images-que-les-medias-francais-ne-vous-montreront-pas/

      Faites une croix sur vos acquis zosials, même la sécu emprunte 22 Myards à la BDF… c'est dire !

      C'est bête hein ?

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    3. Réponses en vrac:
      > sans goûte de sang
      Figure-toi que oui. Regarde un peu l'histoire de l'humanité, tu comprendras que la situation actuelle est on ne peut plus pépère (peu de guerres, haute espérance de vie, peu de maladies), même si c'est vrai, tu as raison, c'est foncièrement méchant et anti-droit-de-l'hommiste que chacun doive se battre et faire des efforts pour le bien-être des siens. C'est cro vilain. Bouh.

      > quasi-guerre-civile-en-espagne-des-images-que-les-medias-francais-ne-vous-montreront-pas
      Mon Dieu c'est horrible! On dirait la sortie d'un PSG-Marseille. Pardon! On dirait Madrid en 1936, les trottoirs sont jonchés de cadavres! Trop dûr!

      > Eric:
      Evidemment, le gugus en question ne vit pas dans un conte de Disney. Mais regardons le reste de l'humanité, aujourd'hui: des conditions plus difficiles qu'en France (c'est normal, tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des ancêtres qui se défoncaient pour que nous puissions nous la couler douce), mais surtout dans la grande majorité des cas, non ca ne se plaint pas mais les gens travaillent dans la joie et croient dans un meilleur futur. Et quand ca se plaint (Brésil, Turquie), c'est pas pour demander une nouvelle tétée, c'est la nouvelle classe moyenne qui veut être davantage considérée.

      Bref, blagues à part:
      A la limite on pourrait dire que le peuple de France, lui, au moins, refuse de courber l'échine et souhaite mettre un stop à cet emballement. (Même si ca reste un souhait, au delà des claviers et des gentilles manifs de la colère pour se ballader en famille, il ne se passe rien).
      Mais ces gémissements sont bien vains, puisque la plupart du monde souhaite au contraire que ce mouvement de [production -> génération de richesses -> augmentation du niveau de vie] s'accélère, donc rechigner dans son coin tout seul - parce que en fait, on est bien triste de s'être fait piquer sa position de rentier par ces petits nouveaux riches mal élevés qui ne pensent qu'à travailler - ca ne mènera à rien.

      Mais bon, on connait la fable du scorpion et de la grenouille, le scorpion francais à la verve syndicaliste restera ce qu'il est, et tuera la grenouille - système de proteccion sociale - au lieu de chercher à s'adapter à un monde différent.

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    4. « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre contre les Etats-Unis. Une guerre permanente, économique, une guerre sans morts. [...] Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. Une guerre inconnue, une guerre permanente, sans morts apparemment, et pourtant une guerre à mort. » Francois Mitterrand.

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    5. Sais-tu quelle est la première cause de mortalité en France chez les hommes entre 25 et 40 ans ? Le suicide. Oui, on peut être un optimiste incorrigible et dire "c'est la preuve qu'ils ne sont pas mort de cause naturelle avant". Si on veut. Mais c'est peut aussi le signe qu'on a le droit de se poser des question sur la notion de "développement"....

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    6. @ Anonyme 7 avril 2014 18:09
      Tout état étant le résultat d'un rapport de force, tout n'est alors que guerre. Rien de neuf sous le soleil. Soit on pleurniche, soit on se bouge, comme tout le monde.

      @Yannick:
      C'est sur que quand tu n'as plus le droit de fumer, de boire, de conduire vite.
      http://www.inserm.fr/index.php/thematiques/sante-publique/dossiers-d-information/suicide-autopsie-psychologique-et-prevention
      "En 2010, on estime à 10 334 le nombre de décès par suicide en France (CepiDc-Inserm). Ce chiffre est en très légère diminution depuis vingt ans."

      "en très légère diminution". Bon, rien de neuf sous le soleil. Tu peux aussi regarder comment la mortalité infantile s'est effondrée depuis 1950, comment l'espérance de vie a explosé en 200 ans.

      Mais bon, en France on aime bien se plaindre au lieu de s'adapter, le retour au réel va bientôt faire cesser cette mentalité de privilégiés pourri-gâtés qui geignent tout le temps.
      Le contraste avec le reste du monde qui construit son futur à la sueur de son front (même s'il n'en finira pas plus heureux, mais il ne le sait pas encore) est tellement énorme que ca en est cocasse.

      Bon, on va prendre un café?

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  3. @Anonyme 07/04/2014 07:16;

    Un cas concret : Un gugus de 31 piges au RSA avec 4 enfants qui travaille au black de ci de là, notamment pour des petits bourges blindés de fric mais visiblement qui sont en toute impunité. Ce gugus quand il veut bien se donner la peine de travailler déclaré ne cesse de faire des appels du pied pour être payé au black. En milieu de journée après son casse-dale du midi il est à 2 grammes. En plus violent, il fait le coup de poing à des homologues de sa lie, bilan des courses : amendes et casier. Il n'aime pas les musulmans et vote FN. Il plante régulièrement ses employeurs chez qui il travaille en occasionnel.
    Je ne suis pas de droite, mais faut croire que quand on a vécu à plusieurs reprises de tels cas, on est plutôt pour une remise à plat radicale des modes d'attribution des minimas sociaux dans ce pays où les clientélismes en tout genre vont finir par faire exploser la sécu et tous les acquis sociaux. Déferleront alors des hordes de Huns prêts à piller et à saper notre pauvre société à l"agonie.

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  4. Franchement, sans police et sans tribunaux, à mon avis il y aurait beaucoup MOINS de délinquance.
    Quand les gens en sont à faire justice eux-même, c'est rapide, et 0% de récidive. La police est surtout là pour protéger les criminels de la colère des victimes.
    J'ai relu récemment un livre sur le far-ouest et sa justice, hé bien contrairement à une idée reçue qui arrange bien les producteurs de western, il y avait beaucoup moins de crimes qu'à New-York à la même époque...

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  5. Un article dans le droit fil de ce que je pense (cf. mes commentaires dans la récente file "Malthus").

    Deux citations.
    Le lacanien Charles Melman ("L'homme sans gravité", 2003): "La barbarie consiste en une relation sociale organisée par un pouvoir non plus symbolique mais réel. A partir du moment où le pouvoir qui est établi s'appuie sur -a pour référence- sa propre force, et ne cherche à défendre et à protéger rien d'autre que son existence en tant que pouvoir, eh bien, nous sommes dans la barbarie. [...] Je ne saurais pas répondre à cette question [de savoir si cela est possible sans croire à l'existence d'un ciel habité -d'un Dieu]."

    René Thom (philosophe/mathématicien) ("Esquisse d'une sémiophysique", 1988): "La science moderne a eu tort de renoncer à toute ontologie en ramenant tout critère de vérité au succès pragmatique [...] Le pragmatisme* n'est guère que la forme conceptualisée d'un certain retour à l'animalité."

    * (Wiki): "simple capacité à s’adapter aux contraintes de la réalité ou encore l’idée selon laquelle l’intelligence a pour fin la capacité d'agir, et non la connaissance."

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