mercredi 4 juin 2014

Bruno Bertez : Alors ! C’est fini? La Bourse ne vous intéresse plus ?

Je vous mets quelques extraits. Mais c'est à lire en entier, sur le blog à lupus, avec les illustrations en plus...

L’Edito spécial du Mardi 3 Juin 2014: Alors ! C’est fini? La Bourse ne vous intéresse plus ? Par Bruno Bertez
Le blog à Lupus, Bruno Bertez, 03/06/2014 (en Français texte en français )
→ lien
Nous avons insisté lors de notre dernière synthèse pour répéter que les actifs financiers, pour nous, dans notre cadre analytique, ne faisaient pas bulle. Nous prenions ainsi le contre-pied de beaucoup de gens respectables, fondamentalistes comme nous, qui, eux, croyaient dur comme fer à la surévaluation généralisée, et donc incitaient pour la énième fois à la prudence. Nous sommes obligés d’insister et de nous répéter car notre position est paradoxale et elle est donc difficile à suivre, voire à mémoriser.

Là où les autres observateurs sensés disent : les actifs financiers sont surévalués, nous disons non, tant que la politique monétaire gonfle le volume mondial de monnaie disponible et tant que cette monnaie tourne, les assets ne sont pas en bulle ; ce qui est en bulle, c’est ce contre quoi on échange les assets, c’est à dire la monnaie. C’est le cash qui fait bulle. Et c’est fait exprès. C’est voulu. Ce n’est pas un hasard si on « printe digitalement », malgré le « Taper » de la Fed, environ 70 à 75 milliards de dollars par mois dans le monde global. Nous soutenons d’ailleurs que ce qui fait la hausse des assets globaux et ce qui maintient le système en lévitation , c’est moins la Fed que la Bank of Japan. Ainsi, par exemple, c’est l’argent japonais qui comprime les spreads des fonds d’Etat en Europe et donne l’apparence que cela va mieux. Et puis il y a l’argent qui sort des émergents et des pays à risque, comme la Chine ou la Russie, pour aller « en sécurité » inonder le monde occidental, tout cela cela fait des sous! Et cela fait baisser les taux, et cela alimente la chaîne du bonheur.

Ce qui est la preuve qu’en regard des actifs financiers, le dollar perd de son pouvoir d’achat. Et c’est normal, logique. En effet, on crée beaucoup de monnaie, cette monnaie circule vite dans la sphère financière (risk-on oblige) donc beaucoup de monnaie non-rare face à des assets plus rares, cela fait monter le prix des assets exprimés en monnaie, c’est à dire que c’est la monnaie qui perd de son pouvoir d’achat financier.

Le sens commun n’arrive pas à se pénétrer de l’idée que la modernité, c’est cela : la création monétaire conçue pour se déverser sur les assets, sur les marchés d’actifs ; alors que, dans le vieux temps, la création monétaire se déversait sur les biens et services.

Avant , la création de monnaie faisait monter les prix de ce sur quoi elle se déversait, les marchandises et services entraînant à la hausse les salaires ; maintenant, elle fait monter ce sur quoi elle se déverse, les marchés financiers, et au lieu de faire monter les salaires, elle fait pression à la baisse sur eux car il faut extraire du cash-flow et valider les hausses des cours de Bourse. Il faut « délivrer », « deliver », les anticipations contenues dans les cours de Bourse, comme dirait Greenspan.

Qui se préoccupe encore de l’utilité, à part les pauvres ? En revanche, tout le monde raisonne, même sans s’en apercevoir, en « valeur de désir ». La croissance économique, cela consiste à susciter les désirs. Un bien, un service, cela vaut ce que l’on accepte de payer pour l’avoir, indépendamment de l’utilité concrète, réelle.

Toute l’innovation financière a été conçue pour que l’argent soit piégé dans les marchés, n’en sorte pas, soit condamné à tourner sans s’échapper. L’argent n’est pas censé partir à la recherche de sa contre-valeur réelle, il est conçu pour tourner.

Le seul garant des assets, c’est la monnaie, le cash, et même, en dernière analyse, ce que l’on appelle la base-money, celle que les banques peuvent aller chercher à la Banque Centrale en cas de « Run ».Vous vous étonnez que les banques, malgré la soi-disant reprise et sortie de crise, gardent des quantités considérables de monnaie en réserve auprès de la Banque Centrale, mais c’est précisément à cause de cela, c’est parce que, en cas de panique sur les marchés, elles savent qu’il y aura un « run », on vendra tout pour obtenir du cash, et il faudra qu’elles le donnent cet argent, c’est leur assurance.

Le problème, c’est la disproportion entre la pyramide d’assets cotés sur les marches, les marketable securities, et la somme totale de base-money dans le monde global. Et le capital de confiance qui reste encore, s’il en reste, à l’égard des Banques Centrales. Mais, sous cet aspect, il reste le dernier ressort du FMI.

Etant « contrarian », nous sommes certains que nous ne sommes pas en train de sortir de la crise, mais en train de préparer, de construire, et même de bétonner, la suivante. Nous préparons le prochain moment Minsky, cela se voit, cela donne à voir dans la dégradation exponentielle de la qualité des émetteurs. Les pratiques sont bien plus dégradées qu’elles ne l’étaient en 2008.

Les politiques monétaires ne sont efficaces que par le biais du gonflement des endettements. La solvabilité fondamentale -les Cassandre ont raison sur ce point- ne s’améliore pas, les revenus et cash-flows sont insuffisants, les déséquilibres qui ont provoqué la crise de 2008 s’aggravent au lieu de se réduire.

1 commentaire:

  1. Bertez a parfaitement raison quand il explique l'inversion que nous opérons dans notre raisonnement.L'image en forme de bulle des marchés est l'effet observable de ce qui lui est sous-jacent: l'excès de monnaies.

    L'auteur ,à juste titre, nous montre l'état de distorsion induit entre le comportement de la finance et celui entretenu du peuple de consommateurs. En effet, l'épanchement monétaire mondial observable se confine essentiellement à circuler, densément et vélocemment, à la manière des jet-streams, dans la tres haute atmosphere de la finance... qui est sa propre sphère.
    En dessous d'elle, on retrouve la réalité tangible, celle là meme qui subit l'assèchement de son économie (reelle). L'interaction se joue au détriment du socle existentiel, à partir duquel le lessivage s'opère, à commencer par les consommateurs. Comme l'explique m. Bertez : " tout le monde raisonne, même sans s’en apercevoir, en « valeur de désir ». La croissance économique, cela consiste à susciter les désirs. Un bien, un service, cela vaut ce que l’on accepte de payer pour l’avoir, indépendamment de l’utilité concrète, réelle. " Hors, de croissance, non seulement elle se tarit mais la situation d'assèchement de l'économie réduit les anticipations d'achat et d'investissement... la déprime contamine les esprits dont l'horizon temporel se réduit à mesure que l'incertitude domine. Le futile s'efface pour l'utile et l'utile pour l'indispensable.
    On retiendra d'une telle situation, un écart croissant entre ces 2 mondes qui cohabitent sans se voir ni meme se connaitre.
    Quel sera le catalyseur qui transgressera la loi d'accoutumance propre à cet état d'esprit et environnement financiarisé si atypique!? Le moment Minsky qui est le top départ de tout point de retournement, impliquerait-il que, ce qui fut en haut se retrouvera en bas et ce qui fut en bas , en haut?... explication: la finance du haut et sa gargantuesque sphere monétaire seront amenées à se déverser sur l'economie reelle, retrouvant ainsi un flux directionnel classique- -biens et services- se faisant, les prix se retrouveront haut perchés alors meme qu'un processus déflationniste était amorcé. Ce grand détour implique un collapse de la sphere monétaire , une crise majeure qui envoie au tapis le marché boursier et obligataire et pousse les insiders à s'orienter sur du tangible. On peut présumer que la macro-économie deviendra surdéterminante des choix d'investissement, non pas qu'on se projèterait dans un avenir radieux mais uniquement parceque l'allocation monétaire cherchera le chemin de moindre résistance vers ce qui conserve un soupcon de valeur refuge... par défaut.
    RMQ: il va s'en dire que je ne suis point devin en la matiere et que toute projection n'est, inévitablement, qu'un pari sur le reel!. Une stagflation pourrait etre le mécanisme qui tuerait le systeme, avant que celui-ci ne renaisse, tel le Phoenix présenté par le "new economist" en 1988 et remis au gout du jour a Londre en 2012 en cloture des J.O.
    MASTER T

    RépondreSupprimer

Si votre commentaire n'apparaît pas tout de suite, c'est normal. Il doit être validé avant publication.