mardi 24 juin 2014

La concurrence est-elle le seul moyen d'empêcher la logique de rente de s'installer dans les monopoles publics ?

Je n'ai pas la réponse à cette question. Mais si j'étais un économiste authentiquement de gauche, c'est réellement à cette question que je m'attaquerais. A savoir, comment faire pour que l'idée de bien public ne se transforme pas pour ceux qui le gèrent en système de racket du reste de la population.

J'ai bien quelques idées... Interdiction du droit de grève pour les fonctionnaires et tous les salariés en état de monopole (EDF, SNCF...). Indexation du salaire sur le salaire moyen ou médian...

Le pire, c'est que les gueulards soi disant de gauche qui peuplent ces monopoles ne se rendent même pas compte qu'il délégitiment par leur goinfrerie toute idée de monopole public et offrent un boulevard aux groucho capitalistes qu'ils prétendent honnir...

Quoi qu'il en soit, on voit que la réponse du système "libéral" est concurrence, concurrence... Mais concurrence bidon... Mais on l'a vu avec Spanghero, on a juste que l'illusion du choix. Après que le scandale a éclaté, je me suis retrouvé à faire les courses au Carrefour. Et là, il n'y avait plus un plat de lasagnes, hormis la marque distributeur... Autrement dit, derrière l'illusion du choix, tout le monde se fournit au même fournisseur et vend la même daube...

Je me suis rendu compte de la même chose pour les sièges enfant pour vélo. Tout le monde a le même. Y'a que la couleur du plastoc qui change. J'imagine qu'il y a une usine en Chine qui produit tous les sièges enfants pour vélos de la planète, mondialisation oblige... Et de Rio de Janeiro à Seattle, en passant pas Berlin, Moscou et Tokyo, tout le monde a le même siège enfants pour vélo...

En même temps c'est logique. Les économies d'échelle, c'est la base de la productivité, et donc de la rentabilité, et donc du profit...

"Competition is a sin"...

Quand on regarde notre monde, et qu'on voit ce dont on a besoin, on se rend compte dans ce monde "libéral" qu'il y a beaucoup de jobs parfaitement inutiles...

Normalement, on a besoin de gens pour :
   concevoir le système informatique de l'infrastructure,
   produire des choses concrètes,
   gérer les réseaux de transport, d'énergie, d'eau, de communications,
   acheminer les marchandises,
   soigner,
   instruire

Tous ceux qui ne rentrent pas dans ces catégories ont en quelque sorte des jobs artificiels, issus de la fausse concurrence, du communisme privatisé...

Avec les technologies modernes, jamais le communisme authentique (au sens collectivisation et monopole des moyens de production sur des grosses fonctions d’infrastructure essentielles) n'a eu un tel boulevard. Mélenchon l'avait touché du doigt lors de son discours de la présidentielle de 2012.



Qu'on me comprenne bien. Moi l'idée que j'ai d'une société qui tient la route, ce serait une version remise au goût du jour de "Tom Sawyer" ou de "La petite maison dans la prairie". Si les communautés indépendantes, responsables, "minarchistes" sont capables de gérer leur autonomie au jour le jour, dans une économie enracinée de don-contredon, on n'échappe pas au besoin d'un État régalien, d’infrastructures de base, etc etc... Et je ne suis franchement pas convaincu que pour ces gros machins, la concurrence "libérale" (comme si on pouvait parler de libéralisme à ces échelles là) soit l'idéal...

10 commentaires:

  1. Le système idéal n'a jamais existé et n'existera jamais.

    "Je me méfie des faiseurs de systèmes et m'écarte de leur chemin. "

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  2. Le choix n'est pas entre un grand n'importe quoi public et une mise en esclavage par l'actionnaire.

    Il suffirait qu'il y ait simplement des règles de bonne gestion, à commencer par la gestion du personnel.

    Il doit forcément y avoir des évaluations et des rémunérations différenciés selon la qualité du travail fournis.

    Par exemple, une simple règle : chaque poste doit avoir une rémunération variable de -10% à +10% selon les performances et chaque service peut même être libre de choisir le critère d'évaluation. Par exemple 20% auront le salaire de base -10%, 20% base -5%, etc ...

    Commercialement, il est plus vendeur de baisser le salaire de base de 10% et de donner +20% au mieux noté.

    C'est peut-être une idée qui est complètement contre productive à l'usage mais c'est à titre d'illustration. En tous cas, on ne peut pas rester dans la situation actuel où c'est à celui qui en fera le moins, au détriment de tous.

    Mais remplacer l'état par des actionnaires n'a aucun intérêt, d'ailleurs l'état pourrait très bien contraindre un PDG à 15% de rentabilité, ce genre de pression est à la porté du premier venu.

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  3. Tu oublies dans les besoins élémentaires la défense, on ne vit pas chez les bisounours.
    C'est un peu la base : santé, nourriture, défense.
    Sans ça, le reste c'est du pipo.
    Je sais bien qu'on vit dans un monde "pacifié" mais imagines un peu sans (un semblant) état ce que ferait les racailles de banlieue ?
    Si tu remet les compteurs à zéro, alors faudrait pas oublier une petite armée/police sinon le monde des tout beau il va vite se faire détrousser.
    Hors, l'armée/police, c'est un peu ce qui "fait" l'état justement.

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    1. Si on reprend l'exemple de la petite maison dans la prairie. Il y a un épisode où tous les hommes du village sortent leurs fusils pour se défendre. Je ne sais plus dans quel contexte. Bref, des hommes libres ayant chacun un flingue se mettent ensemble ponctuellement pour rétablir l'ordre.

      A un moment donné, je me demande si la volonté de désarmer les gens et d'imposer une police du système secondée et légitimée par le lumpen à casquettes vaut mieux.

      Reste le problème des russes ou autres. Si jamais une armée étrangère déferle, il faut effectivement du répondant et l'avoir préparé à l'avance. Ca ne s'improvise pas. Rétablissement d'un vrai service militaire bien costaud pour former les hommes libres gardant leur fusil d'assaut chez eux ? (comme en Suisse ?)

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  4. pour la partie nucléaire d'EDF (environ 30 000 personnes) dans laquelle je suis, tu te fourres le doigt dans l'oeil. Majoritairement, ça bosse vraiment dure (heures supp des cadres avérés, même épinglé officiellement par l'inspection du travail, burn out, et des profils grandes écoles pourtant formatés...), même plus que dans certaines boites "privés" à qui on paye des prestations (de maintenance...). A l'échelle d'EDF, 130 000 personnes, tu as peut être raison, mais tu n'en sais rien. Tu ne connais pas, tu t'en fais une idée.

    à titre d'exemple, la partie distribution que je connais mal, avec plus de 40 000 personnes il y a 20 ans, à subit pleins de réorganisation depuis des années, il y a eu du dégraissage, beaucoup, en plusieurs couches. Il y a des cadres aujourd'hui qui font des boulots occupés par 2 voire 3 personnes avant !

    alors tes certitudes, parfois, elle date de 20-25 ans...

    sinon, je suis un lecteur assidus depuis tes débuts, et globalement, je te suis dans une grande partie de tes billets, mais - et je ne suis pas le premier fan à te le dire - tu es parfois dans la caricature, même si, sur le fond, on adhère au message que tu veux faire passer.

    yongtai

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  5. Tu touches la contradiction de ton modèle:

    Le modèle économique de la vie traditionnelle à la Tom Sawyer est moins efficace que celui de la globalisation, avec ses hordes d'entreprises de service, qui servent justement à gérer la complexité (on n'est pas aussi sociaux que les fourmis), et qui alimentent les parasites au lieu de les éliminer (on n'est pas darwinien à ce point).

    Conclusions:

    - La vie à la Tom Sawyer est séduisante mais inefficace selon les critères de compétitivité économique, et tant que l'immense majorité des humains sera prête à bosser comme des crevards pour avoir une télé, voiture, etc. plus grosse que son voisin, ce modèle ne changera pas par volonté humaine.

    - Un modèle plus raisonnable (basé sur le long terme, solidaire) sera-t-il imposé par le mur des peaks everything? L'observation des crises montre qu'il n'y aura pas de "mur", mais une standardisation progressive des niveaux de vie dans le monde (baisse en occident et montée chez les émergents), vers une société basée sur la consommation, la compétition avec des ressources limitées, et une segmentation marquée de classes sociales, avec des services publics faibles pour la masse et des services privés de qualité pour ceux qui auront les clés pour appartenir à ce groupe globalisé.

    - Donc le jardinage c'est sans doute très plaisant, mais étant conscient comme tous ici de ce qui vient, je préfère me préparer en renforcant les arguments pour rester en haut du panier (on pourrait en parler), plutôt que de m'apprêter à lutter au milieu du prolétariat appauvri et frustré qui abruti par le tittytainment ne voit rien venir.
    Immoral? De préparer ses enfants à un futur de qualité surement pas.

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    1. "en renforcant les arguments pour rester en haut du panier (on pourrait en parler)"

      Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Bonne chance. :/

      Le problème aussi est qu'à l'époque de Tom Sawyer, nous n'étions pas sept milliards d'habitants sur une Terre finie et totalement explorée... Ce n'est effectivement pas évident à gérer...

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    2. > Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Bonne chance. :/
      Ca dépend comme tu t'y prends: si tu tentes ta chance dans un pays/secteur bouché oui c'est très difficile. Mais pour qui est motivé, il y a des dizaines d'autres chemins qui marchent très bien, et je déborde d'exemples concrets autour de moi, ni des pistonnés, ni des héritiers, ni des génies, ni des délinquants, juste des malins prêts à tenter ce que la masse est incapable d'imaginer.

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  6. Samir Amin (économiste franco-égyptien, directeur du Forum du Tiers-Monde) écrit :

    Elections européennes de mai 2014 : nouvelle étape dans l’implosion du projet européen.

    Le vote de défiance d’extrême-droite porte en lui des dangers qu’on ne doit pas sous-estimer. Comme tous les fascismes d’hier, ses porte-paroles ne mentionnent jamais le pouvoir économique exorbitant des monopoles. Leur prétendue « défense de la nation » est trompeuse : l’objectif poursuivi est – outre l’exercice de leur pouvoir dans les différents pays concernés de l’Union européenne – le glissement de l’Union européenne de son régime actuel administré par la droite parlementaire et/ou les sociaux-libéraux à un régime nouveau géré par une droite dure. Les débats sur les origines véritables de la dégradation sociale (précisément le pouvoir des monopoles) sont transférés vers d’autres domaines (l’exploitation du bouc émissaire de l’immigration en particulier).

    Mais si ce succès douteux de l’extrême droite « anti européenne » est celui qu’il est, la faute en revient à la gauche radicale (à gauche des partis du socialisme ralliés au libéralisme).

    Par son manque d’audace dans la critique de l’Union européenne, par l’ambiguïté de ses propositions, qui alimentent l’illusion de « réformes possibles », cette gauche radicale n’est pas parvenue à faire entendre sa voix.

    Dans le chapitre intitulé « L’implosion programmée du système européen » (1), je dessinais les lignes générales de la dégradation programmée de l’Union européenne. On aura alors :
    une petite Europe allemande (l’Allemagne, agrandie par ses semi-colonies d’Europe orientale, allant peut-être jusqu’à l’Ukraine), la Scandinavie et les Pays-Bas attelés à cette nouvelle zone mark/euro ;
    la France ayant choisi son adhésion « vichyste » à l’Europe allemande (c’est le choix des forces politiques dominantes à Paris), mais peut-être tentée plus tard par un renouveau « gaulliste » ;
    la Grande-Bretagne prenant ses distances et affirmant encore davantage son atlantisme dirigé par Washington ;
    la Russie isolée ;
    l’Italie et l’Espagne hésitant entre la soumission à Berlin ou le rapprochement avec Londres.

    L’Europe de 1930, ai-je alors écrit. On y va.

    Samir Amin.

    http://www.m-pep.org/spip.php?article3812

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  7. EDF ne fait pas de coupures d'électricité pour cause de grève (conséquences potentielles trop graves) en outre, il reste les astreintes.
    Pour la SNCF, on est désormais passés au service minimum, et en Ile de France ça se voit ! Bon, c'est passé au forceps, mais c'est passé.
    Pour le reste des services publics, le droit de grève est encadré par les nécessités du service et la notion de continuité (le flou venait plutôt des organismes mixtes, on ne sait jamais s'il faut les ranger côté public ou côté privé).

    Donc : se méfier des clichés, la réalité est souvent bien plus complexe.

    Idem pour la question de racket.
    Non seulement les agents sont recrutés sur leur "esprit de l'Etat" et leur compatibilité "service public" ; mais ça vaut ce que ça vaut, et sur plusieurs dizaines de milliers de personnes, il peut y avoir des dérapages. En outre, le système hiérarchisé décourage l'initiative individuelle et promeut le "je fais mon boulot et pas plus". C'est la contrepartie de ce système essentiellement top-down, qui met l'accent sur la réalisation de la mission, et non sur la réalisation de profit.

    On a tenté de motiver les agents au moyen d'un système de primes, mais évaluer la qualité d'un service par essence non marchand, ce n'est pas simple...

    La solution, personne ne l'a. Nulle part dans le monde.
    Et on s'apercevra vite que les services publics, plus on les privatise, plus ça accroit les inégalités sociales. Et paradoxe : le système devient ultra "efficace" sur le plan économique, mais ultra inégalitaire et au final, tout le monde y PERD.

    Ca fera exactement ça avec la vente à la découpe de la Poste. Des tarifs toujours plus cher et un service toujours plus pourri. Et au final, les vendeurs de timbreuses privées font faillite.
    C'est comme la privatisation de l'annuaire France Telecom : ça a tué l'annuaire.

    Mais les clichés néo-libéraux ont la vie dure, dure, dure...

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