jeudi 12 juin 2014

Yoananda : Non pas LE mais LES pics pétroliers

Non pas LE mais LES pics pétroliers
Blog de Yoananda, 11/06/2014 (en Français texte en français )
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Quand on parle du pic pétrolier, on fait référence au déclin de la production globale, comptée en nombre de barils.

C’est une mauvaise manière, ou du moins grossière, de "compter" qui masque bien des problèmes.

Nous n’avons pas UN mais DES pic pétroliers.
  1. Le pic pétrolier "local". Que le reste du monde continue de produire ou pas, si votre pays à passé son pic pétrolier ça a des conséquences. Surtout quand ce pays est les USA. Leur propre pic (1971) à changé la géopolitique mondiale et les a obligé à se mêler des plus des plus des affaires des autres. Autre exemple l’Égypte qui a passé son pic pétrolier, n’exporte plus, et sombre dans le chaos car ils n’ont plus de ressources pour nourrir leur peuple.
  2. Le pic pétrolier "onshore", c’est à dire du pétrole qu’on extrait sur terre et non pas en mer (ce qui est beaucoup plus cher et compliqué). Étrangement, c’est depuis qu’on a passé ce pic en 1979 que les dettes explosent et que la croissance diminue. Pour les économistes les 2 phénomènes ne sont pas liés. Les dettes sont une conséquences de la "dérégulation".
  3. Le pic pétrolier "per capita" … même si la production augmente, si le nombre de personnes qui consomment augmentent encore plus vite, au final, par tête de pipe il y a de moins en moins de pétrole. Hors ce pic nous l’avons aussi passé dans les années 80.
  4. Le pic du pétrole "pas cher" : certains pétroles sont plus facile à extraire que d’autres (c’est le pétrole "conventionnel", a l’inverse des sables bitumineux, du pétrole en mer profonde, du pétrole de schiste qui sont beaucoup plus coûteux). La limite de ce pétrole est inconnue, on le sait de manière empirique quand on commence à avoir des problèmes économiques, quand l’essence coûte trop cher. Probablement qu’on l’a atteint en 2005 en même temps que le pic du pétrole conventionnel.
  5. Le pic pétrolier "net d’énergie" : en général on raisonne en baril de pétrole. Mais tous les barils ne sont pas équivalents, certains contiennent du pétrole de meilleure qualité que d’autres (entendez qu’il contient plus d’énergie que d’autres), . Ce pic nous l’avons vraisemblablement passé aux alentours de 2010. Ce qui signifie que même si le volume produit augmente, l’énergie qu’on en retire diminue. Mais l’illusion de la croissance est sauve.
  6. Ensuite il y a un autre pic, appelons le "pic induit" : le pétrole est au centre d’un écosystème énergétique. On peut se chauffer au fioul, ou au gaz ou au charbon, et convertir l’un en l’autre (plus ou moins facilement). Donc, même avec moins de pétrole on peut compenser en partie. Mais il existe un seuil ou le manque de pétrole se répercute sur les autres énergies (car il faut bien du pétrole pour extraire le charbon, le gaz, etc…). Ce pic est compliqué à situer, mais il existe, et, semble-t-il, nous ne l’avons pas encore franchi.
  7. Ensuite il y a le pic "relatif" : l’énergie dont on dispose est relative à notre besoin. Aujourd’hui pour vivre une vie "normale" nous avons besoin de plus d’énergie qu’avant. Pour extraire une tonne de cuivre nous avons besoin de 100X plus d’énergie qu’il y a un siècle, parce que tout le cuivre facile d’accès a été exploité. C’est pareil avec les autres composants qui se raréfient partout sur la planète. Bien sûr on consomme moins d’essence pour se déplacer, et l’activité minière est marginale. Il est difficile d’évaluer l’impact réel de ce pic, mais il existe bel et bien.
  8. Enfin il y a le pic pétrolier "absolu", quand le volume total de pétrole produit en nombre de barils va diminuer. Quand ce pic arrivera il sera trop tard pour faire quoi que ce soit parce qu’on sera en train de faire des arbitrages : (je caricature) doit ont garder l’énergie qui reste pour les hôpitaux ou pour les labos de recherche sur les sources d’énergie alternatives ou pour fabriquer des armes pour voler le pétrole des autres ou sécuriser le notre ?

Les détracteurs du pic pétrolier ne parlent que du dernier point, et se cantonnent à dire "la production de pétrole en volume augmente, ou est le problème ? s’il manque du pétrole, l’Arabie saoudite le produira. circulez il n’y a rien à voir".

Comprenez bien une chose : ce n’est pas la quantité de pétrole qu’il y a sous terre qui compte. C’est la vitesse à laquelle on l’extrait. Faites l’expérience : courrez un 200m avec la bouche ouverte pour respirer. Puis courrez le uniquement avec le nez ouvert. Puis courrez le 200m avec une seule narine ouverte. Puis bouchez vous les narines et courrez en respirant uniquement à l’aide d’un paille. L’air est toujours la, mais si vous ne le pompez pas suffisamment vite, vous ne pouvez pas accélérer votre rythme.

Des hydrocarbures, il y a en pour des milliers d’années sur Vénus et pour des millions du Jupiter. Mais on n’a pas la technologie pour aller les chercher de manière rentable. C’est pareil avec les pétroles de schiste et le pétrole arctique et le reste : ce qui compte, c’est combien on peut en extraire par jour, et à quel prix de revient. "On" nous dit que la fracturation est une percée technologique. C’est faux, la technologie existe depuis des dizaines d’années, elle est simplement devenue rentable à cause du prix élevé du pétrole, et a cause du dumping fiscal qui les accompagne et des taux bas des banques centrales. En gros, on est des rats qui avons mangé toutes les croquettes et on se rends compte que le paquet en carton peut aussi remplir l’estomac.

Donc, sans pétrole abondant l’économie mondiale ne pourra pas tenir la distance ou maintenir sa vitesse, et donc la croissance de son PIB. Sans PIB, ça signifie : dette qui monte, chômage qui augmente, inflation … Pour commencer, parce que ensuite, ça signifie : conflit pour l’accès aux ressources, concurrence exacerbée entre les pays et au sein d’un pays. Ensuite ça signifie que tout le "luxe" de nos sociétés (retraites, sécurité sociale, congés payés, indemnités chômage, éducation gratuite) seront impossible à maintenir. Ensuite, c’est insécurité, instabilité politique. Puis guerre, guerre civile, révolution, coup d’états, révoltes, etc…

Le pétrole n’est qu’un "symbole", il n’est pas la seule ressource concernée, ce n’est que la ressource "directrice" (celle qui a le plus d’impact sur les autres). Aujourd’hui, nous avons atteint le pic du phosphore, composant essentiel des engrais. Hors, sans cet engrais, la production agricole serait énormément réduite car les terres sont "mortes" et il faudrait 20 à 30 pour qu’elles renaissent. L’eau manque et on en a besoin de plus en plus pour toutes sortes d’usages. Les terres arables sont aussi menacées. Le poisson devient un luxe parce qu’on pèche tellement qu’on empêche les poissons de se reproduire, et ils sont de moins en moins nombreux. Etc…

Tout cela est masqué parce que les supermarchés sont pleins, les périphériques bouchonnent, et que de plus en plus de monde est obèse et qu’on a des super gadgets.

Mais en réalité nous sommes en sursis. parce que nous avons dépassé les 4 premiers pic, et probablement les 3 suivants. Il ne reste plus que pic pétrolier absolu. Et quand celui ci arrivera, tout peut se produire. Les marchés peuvent capoter, l’économie s’arrêter net, et même on pourrait encore continuer à faire semblant en certain temps. On pourrait vivre un basculement rapide, ou continuer le lent déclin. Mais la situation peut basculer à tout moment depuis 6 ans. Elle à déjà basculée dans de nombreux pays, le dernier en date étant l’Ukraine. Les manifestations visibles n’ont rien à voir. Les gens se déchirent pour des questions de langue, de culture, de frontière, de politique, et parfois pour des détails (pensez a la Turquie qui a connu de gros remous a cause d’arbres qu’on allait abattre..). En France la crise se manifeste sur des questions sociétales qui opposent la gauchosphère et la fachosphère : famille, immigration, drogues, Europe … Mais ce ne sont que des prétextes au fond, les vrais problèmes sont ailleurs, puisqu’on pourrait très bien co-exister malgré toutes ces oppositions. Le problème final se situe dans le porte monnaie : qui va payer, qui va devoir sacrifier son niveau de vie, et pour quelle raison. Et on perds complètement de vue les raisons structurelles, profondes, de la crise … si tant es qu’on les ai aperçus.

Aujourd’hui les signaux s’accumulent laissant penser à une nouvelle crise "à la 2008", mais en pire, parce que les problèmes sont plus importants, et parce que les états sont déjà exsangues. Cette fois, pas de cavalerie pour nous sauver in-extremis. Il ne faut pas oublier que les banques centrales sont pied au plancher (taux d’intérêt négatif pour la BCE, injection massive de dizaines de milliards par la FED tous les mois), les statistiques sont trafiqués jusqu’à la moelle pour masquer la situation (inflation, dette, PIB, chômage sont tous maquillés), les règles comptables ont été adoucies (depuis 4 ans pour que les banques ne fassent pas toutes faillites d’un coup), etc…

8 commentaires:

  1. J'achète le scénario de l'atterrissage en douceur, pour le plus grand bénéfice de l'hyper-classe.
    S'il n'y a pas eu de révolution malgré toute l'info qui tourne sur le Net, ça signifie que les masses ne sont pas mûres pour la Révolution, et que le crédit pour acheter du temps est quasi illimité.

    Elles auront ce qu'elles méritent, à savoir : RIEN.

    Et les riches auront profité en achetant du risque, après tout la chance sourit aux audacieux, c'est bien connu.

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  2. tout le "luxe" de nos sociétés (retraites, sécurité sociale, congés payés, indemnités chômage, éducation gratuite)

    Au secours, c'est ça le luxe ? Et qu'en est-il de cette masse immense de produit que la pub essaye de nous faire bouffer par tous les trous ? Je suppose que ce qui est indispensable, c'est la dernière crème de beauté, le nouveau sac à main ou Jean à 200€, les milliardaires sur un terrain de foot ou de tennis et les voyages au bout du monde alors qu'il existe à 150 km de chez toi un monde inconnu.

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    1. Au regard de l'histoire, c'est bel et bien un luxe, surtout vu le peu de temps depuis lequel tout cela est en place.

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  3. "Des hydrocarbures, il y en a pour des milliers d’années sur Vénus et pour des millions du Jupiter"
    Des hydrocarbures abiotiques alors, parce que je n'ai pas entendu dire qu'il y avait eu de la vie là-bas, ce qui pose un problème pour les énergies fossiles...?

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    1. Méthane sur Vénus. Hydrogène sur Jupiter, c'est pas un hydrocarbure c'est vrai juste un combustible.

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  4. Et c'est pour ça que la guerre occident/russie est inévitable....qui possède l'énergie possède le monde....le plus longtemps possible.

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  5. Un tendresse particulière pour l'autre monde possible et ses énergies libres, à la veille de tous crever la gueule ouverte ce serait bête de se retenir, merde, quand même !

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  6. Tiens à propos de données truquées je discutais hier avec un commercial en fourniture métallique, il me disait que la demande d'acier a chuté de 8% par rapport à 2012 sur l'Aquitaine.

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